
ANALYSE ET REFLEXION
2009
Année 2005
ANALYSE ET RÉFLEXION
Sur
cette page
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Rien
de plus pressé que la défense du Droit et des Libertés
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Sur
l'Arrêt de la Cour Suprême rétablissant la candidature
de Siméus
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La
crise haïtienne n'est pas une simple joute électorale
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Défendre
les Libertés haïtiennes c'est exiger la libération
de Yvon Neptune
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La
question qu'on veut écarter!
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Rôle
paradoxal des forces de l'ONU en Haïti
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La
démission de Madame Bayard, message
impudent à la diaspora haïtienne
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Libre
opinion sur la Déclaration de Port-au-Prince de l'Internationale
Socialiste
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Observations
sur la Déclaration du Conseil de Sécurité
Sur la question du protectorat sur Haïti |
10 décembre 2005
Des
élections formelles ne suffisent pas
pour résoudre les problèmes d'Haïti
Pierre Rodrigue Saint-Paul
LE DICTATEUR
Il faudra des élections crédibles qui ne soient pas soumises aux caprices d'institutions illégales, incontrôlées, comme le gouvernement Latortue et les comités et commissions à son service. Disposant de pouvoirs absolus, conférés par des étrangers malavisés, ces Messieurs et Dames menacent clairement de suivre l'exemple de Duvalier, en ne reculant devant rien pour réaliser leur agenda.
Les compatriotes qui espèrent que les élections peuvent avoir un rôle positif ne se trompent, peut-être, pas nécessairement. Mais infléchir une branche coriace dans le sens souhaité exige un effort proportionnel. Si les Haïtiens amis du Droit et des Libertés restent passifs, à observer les extravagances dictatoriales du gouvernement de facto, en espérant que ces mêmes dictateurs vont mijoter de juteuses élections pour la solution des problèmes des uns et des autres, c'est pour le moins irréaliste.
Il serait plus juste de lier la question des élections à celle du Droit et des Libertés. Exiger, dès maintenant, le respect du Droit et des Libertés est la garantie d'élections crédibles. Cautionner, aujourd'hui, le piétinement du Droit et des Libertés, c'est se préparer à des lendemains amers. Toutes les exactions du gouvernement de facto sont des exercices pour implanter et consolider la dictature dans les faits et dans les esprits.
Quand les Juges de la Cour Suprême sont renvoyés comme des domestiques,
Quand les prisons sont pleines de prisonniers d'opinion, Quand des civils sont
abattus dans les quartiers populaires sous prétexte de chasse aux bandits,
Qui peut croire que la Démocratie est en marche?
Le temps est arrivé pour un changement de politique quelque soient les bêtises passées. L'Haïtien, comme un autre est capable de mener une politique normale. Dans les conditions actuelles, les élections sont un moyen insuffisant pour atteindre l'objectif qui est un Etat de Droit protecteur des Libertés.
Ceux qui ont un autre objectif laisseront naturellement le champ libre à la dictature en marche. Pour les amis du Droit et des Libertés, c'est maintenant qu'il faut dire STOP au dictateur, avant qu'il soit trop tard.
Exiger
l'annulation du coup d'Etat contre le Pouvoir judiciaire! Exiger la libération
des prisonniers d'opinion! Voilà deux revendications qui permettent de
révéler les intentions véritables des Haïtiens et
des étrangers impliqués dans la politique haïtienne!
Sur
l'arrêt de la Cour de cassation
rétablissant la candidature de
Dumarsais Mécène Siméus
Pierre Rodrigue Saint-Paul
Le
mardi 11 août 2005, la Cour suprême d'Haïti, a cassé
la décision du Bureau du Contentieux du Conseil Electoral qui écartait
la candidature à la présidence de Dumarsais Siméus,
industriel Haïtiano-Américain, pour cause de nationalité.
Nombre de compatriotes, souvent de bonne foi, considèrent que le comportement
du BCEC est fondé en droit et conforme à l'intérêt
national.
D'autres gens, paralysés par des tabous ataviques maquillés de
nationalisme, demeurent insensibles à ce genre d'injustice à l'encontre
d'un Haïtien d'origine, fils de la terre artibonitienne gorgée de
sang d'esclaves.
D'autres, surtout, n'y voient qu'un bon moyen de se débarrasser d'un
concurrent dont la fortune pourrait gêner leurs projets électoraux.
Peu de personnes, pour le moment, semblent penser à ces milliers et milliers
de compatriotes, en diaspora, privés arbitrairement, comme Siméus,
de leur droit de participer personnellement à la politique de la mère-patrie.
Catalogués comme des "ayant renoncé à...", ils
se morfondent dans une culpabilité douloureuse, ou se réfugient
dans les cachoteries les plus honteuses.
Justice et démocratie vont ensemble. La démocratie aurait du mal
à s'implanter dans une société où la majorité
des gens assistent indifférents à la violation des droits des
autres. La position des leaders sur la question des droits et libertés
des Haïtiens, au pays et en diaspora, est un baromètre sûr
de leur démocratisme.
Pourquoi je soutiens la participation des expatriés aux affaires du pays?
Blessé de voir pareille absurdité se dérouler dans l'indifférence
nationale, j'ai entrepris d'analyser objectivement le problème et d'apporter
si possible une contribution théorique dans l'intérêt de
la société haïtienne.
Il me paraissait évident que les Haïtiens expatriés étaient
esclaves de lois caduques et qu'une utilisation fantaisiste et opportuniste
de la règle de droit fragilisait leur statut personnel.
C'est l'objet de mon Essai à paraître bientôt intitulé
:
"DIASPORA HAÏTIENNE ET PLURICITOYENNETÉ" - automutilation
d'un peuple-
Quelques extraits ont été publiés, le 6/10/05, sur le site
Haïti Échanges, comme contribution au débat juridique relatif
à la candidature Siméus.
Au-delà des rivalités électorales, le combat de Siméus
est respectable. Il a choisi de croire au bon droit et à la justice au
lieu de mentir comme d'autres. Il a mené avec courage une action ouverte
pour la défense de ses droits. On verra qu'il s'agit d'une véritable
libération collective. C'est important.
Les Conseil juridique de Siméus, autour de Me G Lissade, a produit une
limpide et brillante prestation qui fait honneur à la grande tradition
des barreaux Haïtiens.
Dans
cette affaire, la Cour Suprême s'est placé du côté
du droit, c'est-à-dire de l'intérêt collectif, contre l'auto-mutilation
d'un peuple.
La ligne de partage est indiquée entre réformateurs et conservateurs!
17 août 2005
"Comment
imaginer la libération d'un individu ( Jodel Chamblain),
condamné pour des crimes horribles, alors qu'on maintient en
prison l'ancien Premier ministre Yvon Neptune qui a
privilégié les intérêts du pays sur ses
intérêts particuliers,", incarcéré depuis 14
mois, sans enquête, sans jugement et sans qu'aucune charge
précise n'ait été retenue contre lui".
(L'ambassadeur US, James Foley)
La crise haïtienne n'est pas une simple joute électorale,
ni une occasion en or de coups d'Etat lucratifs
c'est un mouvement volcanique
venu des profondeurs !
Pierre Rodrigue
Saint-Paul
La France et les USA ont choisi d'intervenir en Haïti, en février 2004, à côté de la " bonne société " haïtienne, pour remplacer le gouvernement d'Aristide qu'ils n'aimaient pas, par une administration de facto dirigée par Monsieur Gérard Latortue qui vivait en Floride depuis plusieurs décennies. Les deux puissances promettaient d'améliorer le sort d'Haïti et des Haïtiens.
PIRE QUE JAMAIS
AUPARAVANT
Depuis 18 mois que cela dure, tout est devenu pire que jamais auparavant. La
misère , la vie chère, le chômage battent des records. Les violations des droits
humains n'ont jamais été perpétrées avec autant de bonne conscience. Les adversaires
politiques remplissent les prisons. On exécute sommairement dans les quartiers
pauvres et dans les manifestations de rues. Le banditisme s'étend et prend de
nouvelles formes inconnues jusque là en Haïti.
Les enlèvements de personnes se multiplient, avec demandes de rançon se montant
à des centaines de milliers de dollars. Ces désastres s'accompagnent des pires
horreurs, des sévices et assassinats d'innocents. Les criminels avérés
sont libres comme l'air.
Même les soldats étrangers, sous drapeau onusien, se sont laissés embarquer
dans ces orgies.
La société est divisée en blocs ennemis. Dans chaque bloc, des clans féroces
sont prêts à utiliser la violence pour assouvir leurs appétits de richesses
et de pouvoirs. L'Etat ne fonctionne pas comme arbitre. Il est remplacé par
une machine d'exclusion et de revanche. La constitution et la loi sont jetées
au panier. Les conventions internationales n'ont pas d'effet en Haïti. Les repris
de justice sont de retour et réhabilités. La restauration est déterminée à s'implanter
quelque soit le prix en sang et en vies.
Les notions de cohabitation, de dialogue, de négociation, de réconciliation,
de compétition pacifique, semblent à jamais perdues. Le chaos et l'enfer s'installent.
Et la dérive haïtienne est si forte qu'elle entraîne tous ceux, haïtiens et
étrangers, qui s'aventurent inconsciem-ment dans ses sables mouvants.
PAS UNE SIMPLE JOUTE ELECTORALE
La crise haïtienne n'est pas une simple joute électorale, ni une occasion en
or de coups d'Etat lucratifs. C'est un mouvement volcanique engendré par l'état
matériel et moral insupportable de la société haïtienne. C'est un fléau majeur
à traiter en urgence, par le peuple haïtien lui-même, la main dans la main avec
les autres peuples concernés, en particulier les voisins d'Haïti. Cette crise
n'est pas une opportunité pour régler des comptes particuliers avec des adversaires,
ou servir les intérêts particuliers de ses amis.
Cette crise a ses fondements historiques que nous devrions tous reconnaître.
L'absence de développement des forces productives et créatrices du pays haïtien
le plonge depuis 2 siècles dans une arriération infamante. Les manifestations
de cette arriération nous crèvent les yeux : destruction de l'environnement,
misère, maladies, arriération technique et culturelle, abandon des productions,
corruption généralisée, parasitisme, trafics de drogue, émigration massive vers
l'inconnu, trafics d'êtres humains avec les plantations sucrières étrangères,
banditisme en cravate ou à pieds nus.
Cet état matériel arriéré est maintenu par
des rapports sociaux et politiques qui s'opposent à
l'établissement d'un ordre social humain moderne. Voici
certaines manifestations de ces rapports sociaux et politiques qui ne
peuvent plus durer : l'ignorance et le mépris des droits
humains, notamment du droit à la vie ; l'ignorance et le
mépris du fonctionnement d'un Etat de droit qui garantirait
l'égalité devant la loi ; l'indifférence et
l'irresponsabilité face à la dégradation
matérielle et humaine ; le naufrage de l'esprit critique, du
discernement, du simple bon sens dans les rapports humains ; le
triomphe du cynisme, de l'absurde, de l'amalgame et de la confusion.
Une telle déliquescence ne favorise pas la formation des
citoyens nécessaires à une vie républicaine. Elle
produit des parasites et des délinquants dans toutes les
catégories sociales et tous les secteurs d'activité.
UNE CATASTROPHE HUMAINE GRAVISSIME
Il est évident que nous sommes en présence d'une catastrophe humaine gravissime.
En saisir la vraie nature est aujourd'hui la condition d'une action politique
utile en Haïti. Persister dans des erreurs de diagnostic ne peut qu'être fatal.
Cela explique, sans doute, toutes les initiatives nuisibles qui n'arrêtent pas
de jeter de l'huile sur le feu.
PAS D'AVENIR SANS UN ETAT DE DROIT RESPONSABLE
Pour s'en sortir, Haïti a besoin d'un Etat de droit responsable bien intégré
dans le concert des nations. On ne peut toutefois pas construire cet Etat de
droit si on continue de refuser d'enseigner et d'apprendre ce qu'il est, comment
il fonctionne, ce qu'il implique comme changement.
LA VOIE DIFFICILE VERS L'ETAT DE DROIT
L'Etat de droit exige la reconnaissance, dans les faits, de la primauté du droit,
de la loi dans la société. Cette exigence s'impose à tous les acteurs concernés
ou impliqués dans la vie politique et sociale du pays. D'abord, l'appareil d'Etat,
qui est au service de la société, doit être établi et organisé par un processus
légal et non par des coups d'Etat ou d'autres moyens scandaleusement illégaux.
Son rôle premier est de maintenir la paix sociale par son impartialité à garantir
les droits et libertés de chaque citoyen, du plus riche au plus humble, et à
arrêter, juger et punir les criminels, dont la culpabilité est prouvée, conformément
aux lois et procédures en vigueur.
Il est responsable de veiller aux intérêts et besoins économiques, sociaux,
culturels du pays. Il ne doit pas se convertir en une machine de guerre contre
certaines catégories sociales ou politiques de la nation.
Les leaders et organisations politiques qui sont en faveur de l'Etat de droit
ont la responsa-bilité de renouveler, sans plus tarder, leurs idées, leurs actions,
leurs organisations pour les adapter à cet objectif, et mériter la confiance
du public. Sinon pas d'avenir ! C'est une expérience ignorée en Haïti. Notre
imaginaire est peuplé d'images de l'Etat de Force ou Etat sauvage héritées des
atrocités coloniales. Nous rions du vieux proverbe " konstitusyon se papye
! bayonet se fe ! " pratiqué aujourd'hui encore , dans le pays, avec les
encourage-ments d'un jury international d'exception. Dans l'Etat de Force ou
Etat sauvage, la politique est un système de coups tordus aboutissant au coup
d'Etat, qui couronne une carrière de bandits galonnés ou cravatés.
Les leaders et organisations politiques qui sont en faveur d'un Etat de droit
doivent enseigner et apprendre, avec persévérance, la valeur des principes du
respect mutuel, de la cohabitation, du dialogue, de la négociation, de la réconciliation,
des compromis, dans la compétition pacifique.
Je vois d'ici le sourire ironique du politicien. qui n'en a rien à faire de
ces histoires de dialogue et de respect. Quand il combat son adversaire, c'est
jusqu'à ce que mort s'ensuive. Jusqu'à la guerre civile et l'occupation du pays.
Champion des postures absurdes, il ne se considère nullement sous occupation
; les troupes étrangères sont à sa disposition. Maître de l'amalgame il fait
passer ses adversaires politiques pour des bandits désignés à la vindicte, sans
l'ombre d'une preuve. Génie de la guerre psychologique, il manipule l'opinion
en accusant ses adversaires de crimes opportuns, comme le faisait Hitler. Fanatique
de la manière forte, il rêve d'himalaya de cadavres.
Il ne comprend pas ce qu'on reproche à ses escadrons de la mort.
ELEVER LE NIVEAU DE LA CULTURE POLITIQUE NATIONALE
La culture politique nationale haïtienne reflète le niveau arriéré des infrastructures
écono-miques, techniques, éducatives du pays. Comme pour le reste, son niveau
ne peut s'élever progressivement qu'à force d'efforts persévérants d'étude,
d'apprentissage et de nouvelles expériences concrètes. Il n'y a point de salut
avec la culture politique dominante actuelle.
30 avril 2005
Défendre
les droits humains
et les libertés haïtiennes
c'est exiger la libération de Yvon Neptune
par Pierre Rodrigue Saint-Paul
Le
président constitutionnel d'Haïti, Jean Bertrand Aristide, leader du parti lavalas,
a été déporté, en Afrique, le 29 février 2004, par les autorités françaises
et américaines. Celles-ci voulaient, disaient-elles, " éviter un bain de sang
", dans " l'intérêt des droits humains ".
Une alliance insurrectionnelle s'était en effet constituée entre l'opposition
politique menée par l'homme d'affaires A. Apaid Jr, l'armée cannibale des Gonaïves,
les anciens militaires démobilisés en 1995, le front de Guy Philippe, et la
milice FRAPH de Cédras. Les commissariats de police étaient saccagés et incendiés
dans les départements du Nord et de l'Artibonite, les policiers massacrés, les
élus et fonctionnaires lavalas assassinés et contraints à la fuite.
Monsieur Yvon Neptune, Premier Ministre du gouvernement constitutionnel, a été forcé d'assister, en otage, à la formation du nouveau pouvoir, sous bonne garde des puissances. Dès qu'il put quitter ses bureaux, il se mit à couvert, pour échapper aux menaces proférées ouvertement contre sa vie.
Une accusation de massacre à Saint Marc est lancée contre Yvon Neptune, par le NCHR, une organisation qui prétend s'occuper des droits humains, mais jouant le rôle d'indicateurs de police. Cette organisation vient d'ailleurs d'être sévèrement désavouée par sa maison mère de New York, à cause de ses tendances arbitraires.
Informé que la police voulait l'entendre, Neptune se présenta spontanément. Depuis ce jour, il est retenu à la Prison de Port-au-Prince. En s'en prenant à Neptune, le gouvernement de facto continue la guerre civile, qui vise à éradiquer l'influence du mouvement politique lavalas, majoritaire dans le pays, afin de restaurer l'ordre macoute ancien, à travers d'élections imposées au bout du fusil.
C'est ainsi que Yvon Neptune, dernier PM constitutionnel d'Haïti, est pris en otage, depuis le 27 juin 2004, dans les geôles du pouvoir de facto, sans charge, ni jugement, en violation de la constitution et des lois. La constitution de 1987 limite la garde à vue à 48 heures, et stipule que le Premier Ministre est justiciable de la Haute Cour de Justice (art.186).
En quoi consiste le massacre de Saint Marc ?
Les " rebelles " avaient tué, pillé, brûlé, de Gonaïves au Cap-Haïtien. Leur problème était d'attaquer Port-au-Prince où les attendaient les forces gouvernementales de la police, et des citoyens mobilisés. La ville de Saint-Marc verrouille la route de la capitale.
L'attaque du commissariat de cette ville par une avant-garde rebelle, représentée par la bande dénommée RAMICOS, se heurta à une vive résistance qui fit des victimes des deux côtés. En qualité de Chef du gouvernement, Neptune inspecta les défenses de la ville en compagnie d'autres responsables.
Dans un monde normal on parlerait de défense de Saint Marc, dans ce que l'expert de l'ONU, Louis Joinet appelle une confrontation, pour qualifier ce qu'on reproche aux autorités lavalas, Yvon Neptune PM, Jocelerme Privert, Ministre de la sécurité, Amanus Mayette, député de Saint Marc. Tous les trois sont emprisonnés depuis plusieurs mois, pour avoir défendu la loi. Qu'aurait-on dit s'ils avaient remis les clés de la ville aux délinquants?
Le monde marche sur la tête en Haïti. Les crimes les plus horribles sont commis à Saint Marc et dans le pays, avant et après le 29 février 2004, en toute impunité, dans l'indifférence des autorités étrangères et internationales, et des organisations politiques haïtiennes.
Indifférence, insensibilité cynisme bureaucratiques
Des
forces étrangères sont intervenues en Haïti pour, disent-elles, " empêcher
un bain de sang, et aider la démocratie. " Le résultat est un chaos encore
plus grand, encore plus sanglant. En réalité les buts de ces interventions n'étaient
ni la paix, ni la démocratie. Juste un pion à faire tomber ! C'est bureaucratique
!
Dans
le Monde du 13 avril 2005, article " D'où viennent les idées fausses ? ",
Daniel Vernet rapporte les propos de Paul Wolfowitz, alors numéro deux du Pentagone
:
" La vérité c'est que, pour des raisons qui ont beaucoup à voir avec la bureaucratie
gouvernementale, nous nous sommes résolus à mettre en avant la raison sur laquelle
tout le monde pouvait se mettre d'accord, celle des armes de destruction massive
…"
L'analyste britannique, Carne Ross, cité par Vernet nous explique :
" La question n'est plus la bonne ou la mauvaise foi, la vérité ou le mensonge,
le respect des faits ou la propagande. C'est la construction d'un argumentaire
pour soutenir ou contester une politique déterminée. "
C'est, semble-t-il, l'explication de l'indifférence et de l'insensibilité, des autorités des sociétés dominantes, en face des violations les plus flagrantes des droits des personnes dans les sociétés dominées. Les souffrances des dominés sont peu de chose dans les grands et petits desseins des dominants.
Les 300 ans d'esclavage des Africains déportés en Haïti, n'ont pas ému grand monde, jusqu'à ce que ces hommes eux-mêmes se lèvent et bloquent la machine. A l'époque de la première mondialisation, 15ème-16ème siècles, la destruction des Etats amérindiens et africains était accomplie, fraichement, au nom de Dieu.
Le projet de restauration macoute du pouvoir de facto
Le pouvoir de facto est l'élu des puissances. Celles-ci n'ont aucun projet cohérent pour Haïti. Elles n'en ont ni le temps, ni les moyens. Elles n'arrivent même pas à gérer leurs propres affaires, à s'occuper de leurs vieux, de leurs chômeurs, de leurs précaires. Mais le pouvoir de facto en a un, précis, bien rodé. De toute façon il n'y a que deux projets au choix : restaurer l'ordre macoute ou continuer le processus démocratique pour le changement.
Duvalier a légué les méthodes d'instauration de l'ordre macoute. Dictature absolue irréversible, politique du fait accompli, surenchère à réaliser les fantasmes des puissances.
Il y a 48 ans, Haïti a été victime de ce jeu de mort avec un duvalier impitoyable, exploitant les fantasmes anti-communistes de la puissance, comme le gouvernement de facto exploite aujourd'hui les fantasmes anti-lavalas. Si ce processus n'est pas arrêté à temps, il n'y aura pas grand-chose de démocratique et d'humain à attendre!
Egarement et délire
Une partie de l'opinion semble égarée par l'orgie de puissance militaire, financière et médiatique en action. Certains vivent ce déploiement comme l'opportunité de réaliser leurs délires les plus fous. Toutes les organisations politiques haïtiennes sont affectées par ce climat de création du monde. Il est partout question d'élections, de coalition, de candidature, de milliard de dollars, des grognements de dirigeants étrangers, des ficelles d'Aristide.
Mais qui se préoccupe des droits humains et des libertés démocratiques des Haïtiens ? Exécutions sommaires, emprisonnements arbitraires, résistances populaires, sont traités comme des incidents gênants, mais secondaires par les organisations politiques.
La solidarité militante haïtienne avec les victimes de la répression et leurs familles n'a jamais été aussi faible. Quelques groupes comme le GDP, quelques personnalités , avocats, sauvent un peu l'honneur de la société haïtienne.
Le sort des assassinés, des pourchassés, des exilés, des emprisonnés, ne suscite toujours pas l'émotion, l'indignation et les réactions auxquelles on doit s'attendre. Il demeure pourtant incontestable que la priorité de toute évolution positive est la défense des droits humains, et des libertés haïtiennes.
Mettre la charrue avant les bœufs, en s'occupant d'élections mal fagotées, en cherchant les ficelles d'Aristide, en exagérant les éternuements des responsables étrangers, en aiguisant des rivalités chimériques, c'est laisser la dictature s'installer dans l'irréversible.
A tous ceux qui viennent nous inviter à partager leurs délires, nous devons répondre : " Commençons par défendre les droits humains en Haïti et les Libertés démocratiques des Haïtiens " !
23 mars 2005
L'objectif
réel de la réunion
de Cayenne du 18 mars 2005
et du remue-ménage diplomatique
en Haïti et sur le dos d'Haïti
(Pierre Rodrigue
Saint-Paul)
Cayenne
en Guyane française, le dimanche 18 mars, à l'initiative de
la France, avec le soutien de l'Espagne, du Chili, du Brésil, des USA,
du Canada, en présence de la Banque interaméricaine de développement
BID, de la banque mondiale BM, de l'ONU, de CARICOM, de l'OEA, les donateurs
et les pays impliqués dans le chaos haïtien, ont promis, encore
une fois, 1 milliard de dollars à Haïti et la mise en oeuvre de
380 projets.
Il
y a un an, juste après le coup d'Etat du 29 février contre
le président Jean Bertrand Aristide, les mêmes promesses ont été
faites, à Washington, par les mêmes personnes, pour le même
montant. Aucun résultat n'est jamais sorti jusqu'à ce jour. On
peut supposer que le but était seulement de faire avaliser le coup d'Etat.
Mais aujourd'hui, de quoi veulent-ils donc détourner notre attention?
MOUVEMENTS
DIPLOMATIQUES - D'autres supporters du coup d'Etat se sont montrés,
à Port-au-Prince et en Amérique Latine, à cette occasion.
Monsieur Pettigrew, ministre canadien des affaires étrangères
est venu voir comment marche la "stabilisation". Le FMI, Fond monétaire
international, est venu recommander des réformes "vigoureuses"
pour avoir droit à l'aide réservée aux "pays sortant
d'un conflit." La Francophonie était aussi de passage, en la personne
de l'ex-président sénégalais Abdou Diouf, son secrétaire
général. Celui-ci dit soutenir le gouvernement de facto et son
processus électoral. Ronald Rumsfeld est allé en Argentine
et au Brésil exprimer sa satisfaction sur la marche des affaires haïtiennes.
Monsieur Latortue, pourtant, ne semble pas très enthousiaste sur
ces promesses. Il a critiqué, à Cayenne même le manque de
parole de ses employeurs. Il les a avertis "qu'ils étaient en train
de perdre une chance de montrer leur capacité à faire quelque
chose d'utile." Il faut dire que Latortue n'a pas été récompensé
par ses alliés haïtiens dont il accepte de représenter les
intérêts revanchards. Le groupe 184 ne le respecte pas.
Parmi
les autres ingrats:
L'Initiative pour sauver Haïti, une coalition composée de
MODEREH, PNDPH, PADEH, TET ANSANM, Hervé Saintilus, ancien chef des étudiants
révoltés contre Aristide, le MOP, demandent la démission
de Latortue.
PRÉOCCUPÉS
- De leur côté, OPL, KID, MOCHRENA, PANPRA, CONACOM, AYITI
KAPAB, sont très préoccupés de la gestion de Latortue!
Ils sont mécontents de la prise en main du "processus électoral"
par des tuteurs étrangers, comme l'OEA. Cela pourrait les obliger à
regarder passer la victoire.
ANCIENS
MILITAIRES. Ces anciens militaires sont devenus une grosse épine
au pied de Monsieur Latortue. Ces gars formés au mépris des civils
ne respectent rien ni personne. Même intégrés au sein de
la police, ils continuent le métier qu'ils avaient appris : "exactions".
Au point que les soldats de l'ONU ont été obligés de les
rappeler à l'ordre, le 4 mars 2005, quand ils n'ont pas hésité
à tirer sur une manifestation pacifique dans les rues de Port-au-Prince,
le 28 février, à la barbe des soldats ètrangers.
Le
CARLI, comité des avocats pour le respect des libertés individuelles,
a révélé que les massacres et exécutions sommaires
sont perpétrés par les ex-soldats devenus policiers. D'autres
observateurs (dépêche Reuters, 18 mars 2005) ont relevé
le danger de transformer la force de police officielle en une armée de
facto.
VENT MAUVAIS - C'est un vent mauvais qui domine en Haïti, depuis
février 2004. Les haines, les divisions, les crimes, la misère,
les dégradations ont augmenté. Les actions fraternelles, civiques
et patriotiques ont diminué. Les Haïtiens semblent oublier qu'ils
représentent une même nation liée par un destin commun.
Ce vent pourrit tout ce qu'il touche, jusqu'au mandat des forces de l'ONU sur
lesquelles des forces visibles et invisibles exercent d'infâmes pressions
pour les forcer à se plier à des volontés criminelles.
ELEMENTS
INCONTRÔLABLES - Des éléments incontrôlables veulent
utiliser les pouvoirs, qu'on leur a offerts illégalement et inconsidérément,
pour assouvir leurs pires malfaisances. Parmi eux, on peut remarquer le ministre
de l'injustice, Bernard Gousse, qui a pris en otage plusieurs centaines de militants
et de dirigeants politiques du parti opposé à sa politique qu'il
maintient dans ses geôles depuis 10 à 12 mois, sans charge, ni
jugement.
Parmi les otages de Gousse, figurent Yvon Neptune, Premier Ministre d'Aristide;
Jocelerme Privert, Ministre de l'Intérieur de Aristide; Annette Auguste,
artiste et militante politique pro-Aristide. Après trois semaines de
grève de la faim, Neptune et Privert ont été transportés
à l'hôpital de l'ONU.
Ces anciennes hautes autorités sont accusés gratuitement d'un
massacre à Saint Marc, en février 2004, au moment où l'armée
cannibale insurgée et son allié, le groupe ramicos avait attaqué
le Commissariat de cette ville. La position était défendue par
la police et les partisans du groupe Balewouze. Le Premier Ministre Neptune
avait fait une visite d'inspection sur les lieux, en hélicoptère,
dans le cadre de ses responsabilités constitutionnelles.
NCHR - Un autre élément incontrôlable très
dangereux, la NCHR-Haïti, Coalition Nationale pour les Droits des Haïtiens
(en français), est l'organisme qui a accusé Neptune et Privert
d'avoir ordonné le massacre de 50 personnes dans le quartier "la
scierie". Accusation totalement infondée.Des journalistes étrangers
et l'expert indépendant de l'ONU, Monsieur Joinet, ont affirmé
que les pertes consécutives à ces affrontements s'élèvent
à 5 morts.
Significativement, les dérives partisanes et haineuses de cette organisation
viennent d'être condamnées par sa propre maison mère située
à New York, la NCHR-New York qui lui reproche notamment "d'avoir
protesté contre la décision de l'ONU de placer M. Neptune dans une clinique
de la MINUSTAH pour recevoir des soins que nécessite son cas", à
l'occasion des trois semaines de grève de la faim observées par
les deux prisonniers politiques.
LYNCHAGE JUDICIAIRE ET PHYSIQUE PROGRAMMÉ - Tout le monde a compris
le projet macabre caché derrière l'idée saugrenue de livrer
Yvon Neptune et Jocelerme Privert à la juridiction de Saint Marc contrôlée
par leurs ennemis politiques.
Dans une note datée du 11 mars 2005, le directeur exécutif de la NCHR de Yew-York, Jocelyn
Mc Calla écrit:
"avoir appris que le gouvernement intérimaire n'a pas fourni au magistrat
instructeur les moyens de sécurité pour conduire une affaire d'aussi grande
importance. Mc Calla a déploré également que sur la base d'un problème technique
de peu d'importance, la cour de Cassation a rejeté une requête de Yvon Neptune
pour transférer l'instruction et le procès (du présumé massacre) de St-Marc
à Port-au-Prince. La Cour a prétexté que M. Neptune n'avait pas accompagné sa
requête des 200 gourdes requises. "
ANCIENS
MILITAIRES - La troisième catégorie d'éléments
incontrôlables qui veulent garder les pouvoirs qu'on leur a donnés,
à la légère, sont ces anciens militaires. Ils veulent restaurer
leur brutale autorité militariste d'antan sur le peuple haïtien.
Aveuglés par leur haine partisane, trop de gens n'ont pas vu venir le
danger. Ces hommes se sont proposés pour massacrer des militants politiques.
On les a encouragés. S'il y avait un pilote dans l'appareil qui indiquait
fermement la direction et les limites, je suis certain que la majorité
des ex-militaires se tiendraient tranquilles.
On a préféré leur laisser l'illusion d'être des
"combattants de la liberté" contre Aristide, et d'être
l'armée nationale haïtienne, paradant à côté
de la police officielle et des soldats de l'ONU. C'est à cause de pareilles
inepties qu'ils en sont arrivés, le dimanche 20 mars 2005, à ouvrir
le feu, pour rien, sur les militaires onusiens, à Petit Goâve et
à Terre Rouge, tuant des Népalais et des Srilankais.
On peut noter que les habitants des quartiers populaires, malgré les
brutalités subies, ont toujours souhaité coopérer avec
l'ONU. Mais ils savent bien que, vu leurs conditions sociales et leurs convictions
démocratiques et patriotiques, ils ne peuvent compter que sur eux-mêmes,
pour conquérir leurs droits pourtant inscrits dans la Déclaration
universelle.
Y-A-T-IL LE BON PILOTE DANS L'APPAREIL?
C'est
la question qu'on veut écarter!
La faillite flagrante du pouvoir de facto panique ses concepteurs. On commence
partout à s'interroger sur la véritable nature de ce pouvoir,
sur la responsabilité de ceux qui le soutiennent, sur le rôle des
Nations Unies dans cette affaire, au regard de la Charte de cette institution.
Il est clair que tout ce remue-ménage diplomatique est utilisé
pour tenter de redonner un second souffle au pouvoir illégitime et revanchard
de Port-au-Prince , et jeter de la poudre aux yeux du peuple haïtien.
22 février 2005
LE RÔLE PARADOXAL DES FORCES DE L'ONU
DANS LA QUESTION HAÏTIENNE
(Pierre Rodrigue Saint Paul)
Juan
Gabriel Valdes,
le
représentant spécial de Kofi Annan en Haïti, a appelé,
le 14 février, les ex-militaires et les groupes armés des bidonvilles
pro-Aristide à déposer les armes ou à affronter la Minustha.
Avec respect, j'affirme que ce langage belliqueux ne fait pas onusien.
Malgré toutes leurs ambiguités dues aux pressions arbitraires
des grandes puissances, les Nations Unies sont dépositaires de la magistrature
morale et juridique que cherche à préserver la conscience universelle.
Nous devons vouloir aider l'ONU à sauvegarder ce rôle, sauf si
le contrôle de l'institution échappait totalement à la communauté
des Nations.
Monsieur Valdes s'est félicité que la Minustha dispose désormais
des moyens de sa politique (6,000 militaires et 1,400 policiers) .
Puis-je demander quelle politique elle doit mener avec ces moyens. Est-ce une
politique conforme à la Charte de l'Onu, à celle des Organisations
régionales, à la constitution et aux lois haïtiennes?
Ou bien une politique conforme à la volonté arbitraire des grandes
puissances, à l'hystérie politicienne des revanchards haïtiens?
L'inspiration et l'orientation de la politique choisie auront des conséquences
durables, salutaires ou catastrophiques, pour les temps à venir, sur
la vie du peuple haïtien et ses relations avec les autres peuples.
L'ONU est chargée d'une mission de "stabilisation". Selon le
dictionnaire, rendre stable se rapporte à la notion "d'équilibré",
qui s'oppose à "déstabilisation". Or un enfant de six
ans peut constater que tout est déstabilisé depuis que le programme
du 29 février est mis en oeuvre.
Vous me dites que c'est la faute des chimères et aujourd'hui des anciens
militaires! Mais qu'avez-vous fait pour calmer le jeu? Avez-vous reconnu les
droits des uns et des autres et indiqué les limites légales de
ces droits?
Aux "chimères"' (électeurs lavalassiens pauvres) avez-vous
fait savoir et constater que leurs vies, propriétés, libertés
seraient protégées par la communauté internationale et
les lois de leur pays, et aux anciens militaires que leurs demandes de réparations
civiles seraient examinées normalement et dans quelles limites?
A-t-on fait savoir clairement aux uns et aux autres que les raids d'assassinat,
l'auto-défense armée étaient inutiles et interdits, puisque
la sécurité serait assurée sous l'égide de l'ONU.
Non, on a encouragé les ex-militaires à donner la chasse aux "chimères",
en les laissant baptiser de "freedom fighters". Sans ces incitations,
les ex-militaires n'auraient jamais osé défier la nation haïtienne
et la communauté internationale.
Vous reprochez aux lavalassiens leur résistance! Vous les prenez pour
de la pate à saucisse. Vous les traitez de bandits et de chimères.
Vous refusez de les traiter en citoyens capables de discipline démocratique
ou de résistance héroïque. Souvenez-vous, fils de l'Amérique
Latine, que les Araucans du Chili combattirent les conquistadores pendant trois
siècles, que Bernado O'Higgins, Jose Miguel Carrera étaient des
bandits aux yeux des Espagnols, que seule la victoire militaire de Grau San
Martin a permis la création du Chili indépendant et le respect
de ses droits.
Miranda, Bolivar et Sucre étaient aussi des bandits aux yeux des puissants
de l'époque. Ils ont été aidés par les pires bandits,
aux yeux du monde civilisé de l'époque, les nègres d'Haïti
qui ont osé être libres. Donc quand vous regardez un résistant
du Bel-Air ou de Cité Soleil, dépassez l'image de chimère,
voyez le descendant de ces hommes-là!
En fait, la mission de "stabilisation" ne stabilise que les affaires
d'un gouvernement de facto improvisé par deux puissances aventuristes.Cette
mission assiste impassible à l'éradication des adversaires politiques
de ce gouvernement. Des morts par milliers, des prisonniers politiques sans
nombre, persécutions, révocations, exclusion. On ferme les yeux.
Quand vous indiquez que l'ordre constitutionnel a été rompu, on
vous répond que c'est du passé tout ça, qu'il faut se tourner
vers l'avenir. Or tragiquement, c'est le passé qui revient avec ce coup
d'Etat qui ramène la face la plus hideuse de ce passé.
L'avenir haïtien ne s'inscrit sûrement pas dans l'apartheid social,
dans l'impunité des auteurs de coup d'Etat, de massacres, de violations
des droits humains, quand ils siègent du bon côté, ni dans
la diabolisation, la destruction de ceux qui ont le malheur de déplaire
aux puissants.Cela s'appelle restauration de l'ordre macoute, la mauvaise face
de la politique haïtienne.
Jusqu'à présent tout se fait à l'envers. La rhétorique
vertueuse relative au "dialogue national" et à la volonté
de faire "des élections démocratiques" ne trompe pas
grand monde. Jamais une équation n'a été aussi claire!
Comme disait un responsable onusien récemment, sans respect des droits
de l'homme, pas d'élections sérieuses. Il y aura sélection,
mais c'est autre chose.
Par contre,
la résistance va continuer, aussi longtemps que nécessaire. Elle
vaincra, parce que le camp de l'injustice s'écroulera plus vite que les
anciens colonialistes et esclavagistes. Le monde change vite à notre
époque! Résister pour la démocratie, pour la justice, pour
la liberté et le développement de sa nation, est un devoir à
remplir de génération en génération. C'est une grave
démission que de brader cet héritage pour un simple plat de lentilles
éphémère!
7 février 2005
La démission forcée de Madame Bayard,
Message impudent à la diaspora haïtienne
Pierre Rodrigue Saint Paul
Haïti Héchanges ne s'occupe pas, ordinairement, des histoires internes du gouvernement de facto. Ses remaniements ministériels pour nous ne sont que jeux de piste dirigé contre les démunis, et contre l'intérêt national.
Mais pousser l'outrecuidance à écarter une Haïtienne d'origine, dont l'aïeul a combattu pour la guerre de l'indépendance, sans lui demander si elle souhaitait renoncer à sa nationalité haïtienne inaliénable, est une infamie nationale, dont le premier ministre de facto n'est pas seul coupable.
Quoi qu'on puisse en dire, Jean Bertrand Aristide, le mal-aimé, est le seul homme d'Etat haïtien à voir eu le courage de défier l'idéologie archaïque suicidaire, pour indiquer à la nation son intérêt stratégique à rester soudée avec sa diaspora.
Comment comprendre ce désordre mental d'une société qui persiste à s'automutiler? Peut-on l'expliquer par le modèle du voleur qui crie au voleur? Car si on demandait aux politiciens de déclarer leurs passeports, on verrait que les mieux équipés sont ceux qui proclament le plus bruyamment des interdits constitutionnels depuis longtemps caducs.
Cette dérive ne se manifeste pas seulement dans ce domaine. Elle est dans l'approche de tout ce qui est important pour ce malheureux pays. Provoquer volontairement l'occupation du territoire, et se sentir la conscience tranquille et très patriotique. Renverser la constitution, provoquer la restauration du système macoute, et s'estimer un grand combattant de la liberté et de la démocratie en marche.
Ce désordre mental se présente sous la forme d'une déconstruction irresponsable, vicieuse, de la réalité, et une fuite dans la fantasmagorie. Contre cette dérive de la conscience, il est nécessaire de soumettre à la critique tous les aspects tordus de la société haïtienne, et les faire apparaitre au grand jour.
Nous avons besoin d'une armée de critiques, même si l'arme de la critique ne saurait remplacer la critique par les armes, comme disait le vieux. Mais, ajoutait-il, la critique elle-même devient une arme quand elle est radicale.
Note de Presse de Marie-Claude F. Bayard
Port-au-Prince, le 3 février 2005
Haïtienne d'origine, de naissance, de culture et d'attaches, depuis 30 ans je sers mon pays à travers différentes entreprises, procurant du travail à des centaines de personnes et payant régulièrement taxes et impôts.
J'ai servi avec ardeur la Chambre de Commerce et d'Industrie d'Haiti (CCIH) durant les années tumultueuses du coup d'état militaire. J'ai défendu et continue de défendre la cause de l'industrie haïtienne à travers mes actions au sein de l'Association des Industries d'Haiti (ADIH).
Durant les 3 dernières années, avec mes collègues, j'ai mené, et mène encore, une lutte acharnée auprès du Gouvernement et du Congrès Américain pour l'obtention d'avantages préférentiels pour Haiti à travers le HERO act.
La tradition de service est ancrée dans ma famille, depuis mon aïeul qui a combattu pour la guerre de l'indépendance; mon arrière grande père, Darius Denis, Ministre de l'Education Nationale dont une école aujourd'hui porte le nom; mon grande père maternel, Louis Roy, qui a fondé l'Ecole des Sciences appliquées et formé des générations d'ingénieurs et d'architectes; mon grande père paternel, Charles Fombrun, Sénateur de l'Artibonite, maintes fois réélu par le pays en dehors; mon père Marcel Fombrun, représentant de l'UNICEF qui a lutté pour que l'aide multilatérale soit effectivement concentrée sur des programmes cohérents dans l'optique d'une politique de progrès économique et social; ma mère Odette Roy Fombrun, éducatrice hors pair dont les manuels scolaires, surtout ceux d'Instruction Civique et Morale, sont largement utilisés pour la formation de notre jeunesse.
Il était donc tout naturel que, soucieuse de contribuer de façon encore plus significative à la reconstruction de l'édifice national, j'accepte d'assumer les lourdes responsabilités d'un Ministère dans un moment de transition difficile. Appelée par le Premier Ministre à intégrer son cabinet ministériel, en toute transparence, je n'ai pas hésité à l'informer que, durant mes 16 années d'exil aux USA, sous la dictature des Duvalier, j'ai eu à prendre la nationalité américaine, sans toutefois jamais renoncer à ma citoyenneté haïtienne.
Il est vraiment regrettable, qu'au nom d'une Constitution sans cesse contestée et violée par la société et les gouvernants eux-mêmes, des textes de lois ambigus, malgré les non dits de la Constitution concernant les postes ministériels ainsi que les dispositions légales prises par le gouvernement antérieur, je me sois sentie obligée de me retirer pour éviter au gouvernement les difficultés d'une controverse dans une période de transition difficile sans pouvoir mettre mon expérience et mes talents au service de mon pays.
Au delà de ma personne, c'est un message négatif lancé à tous les Haïtiens dans la même situation et à la Diaspora dont l'apport en devises est aujourd'hui un atout majeur pour l'économie nationale.
Ces Haïtiens et cette Diaspora, dont la capacité d'investissement est incalculable, est de plus un important réservoir de cadres et d'expertises. A ces titres, toutes les dispositions devraient être prises pour qu'ils puissent intégrer de façon légale et définitive la vie politique, économique et sociale de la mère patrie.
Le moment est idéal pour ce Gouvernement de Transition de prendre des mesures exceptionnelles pour corriger ces erreurs qui sont une entrave au développement du pays. Au nom de tous nos concitoyens d'ici et de la Diaspora, je plaide avec ferveur pour la reconnaissance de leur droit à leur citoyenneté d'origine. Il est grand temps que ce droit inclusif soit reconnu comme un acquis définitif, sans équivoque, dans nos lois et notre Constitution.
Marie-Claude F. Bayard, 3 février 2005
31 Janvier 2005
Libre opinion sur la Déclaration de Port-au-Prince
de l'Internationale Socialiste
Pierre Rodrigue Saint Paul
1- Selon l'Internationale Socialiste, le coup d'Etat du 29 février 2004 et les emprisonnements et exécutions sommaires massifs consécutifs représentent, pour le peuple haïtien,"une opportunité historique de moderniser son pays".
2- L'Internationale Socialiste considère que l'éradication sanglante du parti Lavalas est une "stratégie inclusive" pour laquelle Boniface Alexandre et Gérard Latortue méritent d'être félicités.
3- L'Internationale Socialiste voit avec faveur que le gouvernement et la Minustha font des efforts pour rétablir un climat de sécurité dans le pays. Ces efforts se réduisent en réalité à laisser aux militaires démobilisés le contrôle de vastes régions du pays, à fermer les yeux sur les exactions des policiers encagoulés, à donner la chasse aux militants lavalas.
4- L'Internationale Socialiste croit aussi que bailleurs de fonds et donateurs internationaux doivent mettre rapidement, à la disposition de l’Etat d’Haïti, les millions qu'il attend impatiemment. Je maintiens mon affirmation qu'en des mains criminelles plus d'argent = plus de crimes!
5-L'Internationale Socialiste estime avoir une vue plus objective de la réalité d’Haïti que les gouvernements étrangers qui refusent d'avaliser le coup d'Etat et l'exclusion de la majorité de l'électorat haïtien. Elle se propose de faire pression sur ces Etats. Je préfère la proposition Caricom/Union africaine de dialogue réconciliation au parti pris partisan de l'I.S.
6- L'Internationale Socialiste offre ses services pour observer les élections que les putschistes se proposent d'organiser pour normaliser leur viol de la constitution. C'est donc la grande mode de nos jours. Les élections sont au bout du fusil.
7-L'Internationale Socialiste encourage les partis haïtiens membres de l’Internationale Socialiste, KONAKOM, PANPRA, à fusionner pour donner l'illusion d'une force d'alternance entre l'establishment traditionnel et le mouvement populaire (ou populiste) lavalas. Depuis la chute de duvalier, l'Internationale Socialiste n'a de cesse de vouloir créer son propre parti en Haïti, au mépris de la configuration socio-politique réelle du pays. Qu'importe puisque la dialectique n'est plus ce qu'elle était, face à la rhétorique mondialiste.
Au milieu du massacre, les lavalassiens forts en thème ont l'air de s'égarer dans des histoires présentées comme un débat utile. Les activités militantes urgentes sont laissées de côté. Où sont les organisations et actions travaillant systématiquement et efficacement à alerter l'opinion publique internationale sur le sort des prisonniers politiques, sur les exécutions sommaires planifiées. Où sont les organisations et actions de solidarité avec les victimes de l'éradication sanglante en cours? Chers amis, débattez si vous voulez, mais de grâce faites quelque chose d'utile en même temps!
Internationale Socialiste
Déclaration de Port-au-Prince
Réuni à Port-au-Prince, capitale de la République d’Haïti, les 21 et 22 janvier 2005, le Comité de l’Internationale Socialiste pour l’Amérique latine et la Caraïbe, après avoir analysé les données de la conjoncture politique de ce pays, fait la présente déclaration, en vue de soutenir le processus de transition politique en cours.
1. Le Comité constate que le peuple haïtien à travers ses instruments démocratiques, ses partis politiques et d’autres organisations de la société civile, est de plus en plus déterminé pour avancer dans la voie du changement, en profitant de la nouvelle opportunité historique de moderniser son pays.
2. Le Comité prend acte de l’état d’esprit positif exprimé à la fois par le Président de la République, M. Boniface Alexandre et le Premier ministre, Gérard Latortue, de continuer leur politique en vue de mettre en confiance les différents secteurs, en appliquant une stratégie inclusive, vis-à-vis de tous les partis politiques décidés à contribuer au processus de transition en marche.
3. Le Comité accueille favorablement les témoignages de plusieurs personnalités, relatifs au fait que le gouvernement d’Haïti, soutenu par la Mission des Nations Unies pour la stabilisation en Haïti (MINUSTAH), fait des efforts pour rétablir un climat de sécurité dans le pays.
4. Le Comité demande aux bailleurs de fonds et donateurs internationaux d’honorer avec plus de célérité les engagements financiers pris à la réunion de Washington en juillet 2004, en mettant à la disposition de l’Etat d’Haïti, les montants indispensables à l’exécution en urgence, notamment des travaux d’infrastructure susceptibles d’avoir des incidences durables et positives sur l’évolution économique et sociale de ce pays, récemment frappé par des calamités naturelles qui ont aggravé sa pauvreté déjà intolérable.
5. Le Comité s’engage à poursuivre sa solidarité avec le peuple haïtien, en aidant les gouvernements amis, à travers le monde, à et des efforts entrepris pour garantir à son peuple un avenir meilleur.
6. Le Comité promet, dans le respect des lois haïtiennes, et des dispositions du Conseil électoral provisoire, de jouer un rôle d’observateurs attentifs dans le processus électoral durant l’année 2005.
7. Le Comité encourage les partis haïtiens membres de l’Internationale Socialiste, KONAKOM, PANPRA, à continuer leur stratégie de fusion, en vue de créer dans le meilleur délai, avec d’autres partenaires politiques, notamment Ayti Kapab, un seul grand parti social-démocrate, ce qui leur permettra de jouer un rôle fondamental dans le processus de transformation de la société haïtienne tout en respectant les normes de l’Etat de droit.
17 Janvier 2005
Quelques observations sur la Déclaration
du Conseil de sécurité
À la 5110ème séance du Conseil de sécurité
tenue le 12 janvier 2005
par Pierre Rodrigue Saint-Paul
Cette déclaration appelle les observations suivantes:
1 - Le Conseil de sécurité continue d'avaliser le coup d'Etat franco-américain du 29 février 2005. Il ignore les questions posées par un certain nombre d'Etats-membres d'Afrique et d'Amérique, et des Caraïbes, sur cette violation de la charte.
2 - Le Conseil insiste lourdement pour un appui au gouvernement intérimaire, comme moyen de stabiliser la situation. Il se trouve que le gouvernement intérimaire est un des belligérants dans une guerre larvée, en Haïti. Le travail des putschistes étrangers et nationaux est d'appuyer les forces de la revanche.
Le rôle de l'ONU, au contraire, est de tenir un juste équilibre entre ce gouvernement et ses victimes. Tout parti pris alimentera la déstabilisation.
3- Le Conseil se félicite des opérations militaro-policières brutales dans les quartiers populaires. Est-il normal que les milieux populaires soient traités plus brutalement que les délinquants proches de l'establishment socio-politique. Pourquoi les forces étrangères ne traitent-elles pas les résidents des quartiers populaires comme des interlocuteurs, et non comme des bandits, des mendiants et des assistés?
4 - C'est une honte de parler du respect des droits de l'homme quand des centaines d'exécutions sommaires ne sont pas dénoncées par l'ONU, et des centaines de prisonniers politiques, y compris un ancien premier ministre innocent, sont gardés en otage pendant plusieurs mois? Et une insulte de féliciter le gouvernement de facto d'avoir laissé sortir, provisoirement, trois prisonniers sur un millier d'otages.
5 - Prétendre que le versement des fonds étrangers suffira à résoudre les problèmes, c'est oublier que l'argent, dans des mains criminelles, engendre un plus grand nombre de crimes.
6 - Le Conseil se dit satisfait de la volonté du gouvernement de facto d'instaurer un dialogue national. J'observe que, malgré les tentations de quelques éléments d'y croire, la partie revancharde ne relâche pas sa pression répressive sur sa victime. Elle ne libère pas les prisonniers politiques. Elle continue de couvrir les crimes de ses suppôts. Seule une pression internationale impartiale pourrait débloquer la situation.
7 - De ce fait la participation du Parti Lavalas aux élections semble compromise. On aura droit à une farce, au grand déshonneur de la communauté internationale. Pourtant, dans la situation actuelle, un vrai dialogue, sous une égide honnête, permettrait la négociation de nouveaux équilibres constitutionnels entre les Haïtiens, et de nouveaux aménagements diplomatiques avec la communauté internationale.
Pour traiter le problème de la gouvernabilité il faudrait négocier des mécanismes institutionnels qui interdisent une trop forte domination d'un même bloc politique sur l'Etat, quelque soit l'origine de cette domination, électorale ou de facto. C'est la cause des polarisations observées au fil de notre histoire.
En ce qui concerne la question de la responsabilité internationale de l'Etat d'Haïti, des aménagements diplomatiques négociés devraient remplacer les interventions improvisées et vexatoires dans les affaires du peuple haïtien, qui violent sa constitution et le droit international.
8 - Qui doit négocier? Avec qui négocier? Toutes les parties haïtiennes concernées doivent organiser, en toute indépendance, leur participation aux négociations. Des grandes puissances impliquées, il faut en choisir une qui n'a pas d'expérience coloniale en Haïti, comme médiatrice. Sous l'égide de l'ONU.
9 - Mais si l'improvisation arrogante, les préjugés anti-populaires, les parti pris pro-establishment devaient prévaloir sur la justice, alors, ils ne resteraient plus aux Haïtiens qu'à entamer une longue résistance, jusqu'à ce que les peuples frères du Continent et d'ailleurs volent à notre secours.
Déclaration
du Conseil de sécurité des Nations Unies -
12 janvier 2005
Déclaration du Président du Conseil de sécurité À la 5110 e séance du Conseil de sécurité, tenue le 12 janvier 2005, dans le cadre de l’examen par le Conseil de la question intitulée: « La question concernant Haïti »,
le Président du Conseil de sécurité a fait la déclaration suivante au nom du Conseil :
« Le Conseil de sécurité réaffirme le mandat complet de la Mission des Nations Unies pour la stabilisation en Haïti (MINUSTAH), tel qu’il a été défini dans les résolutions 1542 (2004) et 1576 (2004) et se déclare pour le maintien de la présence de l’Organisation des Nations Unies en Haïti aussi longtemps que nécessaire.
Le Conseil de sécurité souligne que la réconciliation nationale, la sécurité et le développement économique demeurent la clef de la stabilité en Haïti et, à cet égard, souligne également que l’ensemble des États Membres et des organisations internationales, singulièrement ceux de la région, doivent appuyer le Gouvernement de transition dans cette entreprise.
Le Conseil de sécurité appelle l’attention sur le rôle important joué par la MINUSTAH dans l’instauration d’un climat sûr et se félicite des récentes opérations menées conjointement par la MINUSTAH et la Police nationale haïtienne (PNH), notamment contre tous les groupes armés illégaux. Il fait néanmoins observer qu’il faut prendre de nouvelles mesures d’urgence pour continuer d’améliorer la sécurité.
Le Conseil demande de nouveau à toutes les parties présentes en Haïti de respecter les droits de l’homme et de renoncer à recourir à la violence pour promouvoir leurs objectifs. Le Conseil de sécurité encourage le Gouvernement de transition à créer sans tarder la Commission nationale de désarmement, de démobilisation et de réinsertion, afin de traiter tous les groupes armés, en particulier les anciens membres de l’armée, de façon globale.Il fait observer que toute compensation doit faire partie d’une solution globale et durable.
Le Conseil de sécurité demande de nouveau aux institutions financières internationales et aux pays donateurs de verser sans tarder les fonds qu’ils ont annoncés à la Conférence internationale des donateurs pour Haïti, tenue en juillet 2004.
Il reconnaît que la MINUSTAH, les organismes des Nations Unies, les institutions financières internationales et les États Membres doivent aider le Gouvernement de transition à élaborer et mettre en oeuvre en Haïti des projets de développement, ainsi que des projets à effet rapide.
Le Conseil réaffirme qu’il faut aider le Gouvernement de transition à mettre au point une stratégie de développement à long terme pour Haïti, conformément aux priorités établies dans le cadre de coopération intérimaire.
Le Conseil de sécurité se félicite des mesures prises récemment par le Gouvernement de transition pour libérer certaines personnes détenues sans chef d’accusation ni jugement, et demande au Gouvernement de transition de réviser l’ensemble de ces affaires afin de garantir pleinement le droit d’être jugé équitablement et l’état de droit.
À cet égard, le Conseil invite la MINUSTAH à continuer d’appuyer la formation des autorités judiciaires, policières et pénitentiaires haïtiennes aux droits de l’homme, afin d’assurer le respect des normes et règles internationales.
Le Conseil de sécurité encourage le Gouvernement de transition à continuer de prendre des mesures en vue d’instaurer un processus de dialogue national sans exclusive et de réconciliation et invite tous les acteurs politiques en Haïti à renoncer à la violence et à prendre part à ce dialogue sans tarder. Le Conseil appuie pleinement l’action que la Mission continue de mener pour faciliter cette entreprise.
Le Conseil de sécurité demande au Gouvernement de transition, avec l’aide de la MINUSTAH et de l’Organisation des États américains (OEA), de prendre, dans les meilleurs délais, les mesures voulues pour assurer la tenue en 2005 d’élections équitables et libres débouchant sur le transfert des pouvoirs à des autorités élues, et accueille avec satisfaction les décisions prises récemment par le Conseil électoral provisoire (CEP) aux fins de leur préparation. Il encourage tous les partis politiques ayant renoncé à la violence à participer aux élections.
Le Conseil de sécurité déclare son intention d’organiser une mission en Haïti avant le 1er juin 2005, qui pourrait peut-être être menée en même temps qu’une mission du groupe consultatif ad hoc sur Haïti du Conseil économique et social.
Le Conseil de sécurité exprime sa gratitude aux pays qui fournissent du personnel à la Mission. Il engage les pays concernés à fournir dès que possible des contingents et du personnel de police en nombre suffisant pour atteindre l’effectif autorisé pour la MINUSTAH, en soulignant que l’achèvement rapide de ce processus est indispensable pour continuer d’assurer le succès de l’opération.
Le Conseil de sécurité déclare appuyer sans réserve le Représentant spécial du Secrétaire général en Haïti, Juan Gabriel Valdés, et rend hommage à la MINUSTAH et à l’ensemble de son personnel pour leur action. »
3 Janvier 2005
Le débat sur la question du protectorat
selon un article de Carol J Williams, Los Angeles Times, 25 décembre 2004
Certains analystes doutent que Haiti puisse surmonter le chaos et résoudre ses crises. Ils estiment qu'une solution durable est nécessaire. Le débat se développe pour savoir s'il faut placer le pays des Haïtiens sous contrôle international
Dans une note préparée pour les commandants militaires américains à propos des défis sécuritaires en Amérique Latine, Gabriel Marcella de l'US Army War College, avertit que Haïti va vers une implosion et suggère qu'un protectorat international pourrait être le seul moyen de contenir le désastre.
"La violence en Haïti est la conséquence d'un Etat prédateur, d'une culture politique inexistante, d'un effondrement économique et d'une destruction écologique", écrivait Marcella dans sa note de novembre." Des mesures à long terme sont nécessaires, jusqu'à envisager un protectorat pour Haïti sous une coalition régionale conduite par le Brésil, si possible, qui voudrait soutenir une initiative de restauration de 10 ans".
Des intellectuels haïtiens enthousiastes
L'idée du protectorat équivalent à une occupation étrangère a soulevé plus d'enthousiasme parmi des intellectuels haïtiens qu'on aurait pu l'espérer dans l'année même du bicentenaire de l'indépendance de ce pays.
"Les gens sont fatigués et exaspérés. Si vous faites un sondage, 65 à 70 % de la population soutiendrait le protectorat", déclare Claude Beauboeuf. "Des frontières non gardées, une police corrompue et dépassée et des gangs armés impatients de collaborer avec les marchands d'armes et de drogues, pourraient faire de ce pays un terrain fertile pour les terroristes", selon Beaubeuf.
"Haiti n'est pas une menace stratégique pour les Etats-Unis maintenant", poursuit Beaubeuf, "mais nous ne devons pas sous-estimer son potentiel à le devenir."
Des politiciens et historiens ont affirmé que l'une des rares périodes de stabilité en Haïti est celle de l'occupation américaine, 1915-1934, considérée aujourd'hui par bien des gens en Haïti comme un acte de bienfaisance plutôt que d'impérialisme.
"Il y a un fort courant nationaliste dans ce pays à cause de notre histoire, mais au fond les gens sont plus intéressés à de meilleures conditions de vie qu'au concept abstrait de souveraineté", affirme Michel Georges, un exportateur de fruit du Cap Haïtien qui participe à un débat sur internet, avec des universitaires comme Marcella et des éditorialistes de South Florida, sur Haïti.
"La souveraineté n'est pas quelque chose d'absolu. Elle est quelque chose auquel vous devez travailler pour être plus indépendant chaque jour", explique Jean-Claude Bajeux, un activiste des droits humains, selon lequel Haïti est déjà occupée et administrée par des forces étrangères.
Peu d'enthousiasme parmi les étrangers
D'après Daniel Erikson analyste à l'Inter-American Dialogue, un cercle de réflexion basé à Washington, il est douteux que les pays de la mission de l'ONU soient enthousiastes pour ce job. Avec Les Etats-Unis déjà à cours de moyens en Irak, la charge d'Haïti devrait reposer sur les épaules des pays Latino-américains. Mais, "les pays latino-américains dans leur ensemble sont assez mal à l'aise avec cette histoire d'occupation."
Malgré ces réserves, Erikson plaide pour le protecrorat, ne voyant aucune autre planche de salut qu'un engagement plus fort de l'ONU et des puissances occidentales pour réparer les institutions et les infrastructures détruites du pays.
Au sujet du milliard promis à Haïti, il apparait que les donateurs sont réticents à desserrer les cordons de la bourse, parce qu'il est devenu évident que "la communauté internationale sent qu'il n'y a personne en Haïti à qui confier le magot pour l'utiliser de façon responsable à la solution des problèmes douloureux du pays", a confié Erikson.
Adama Guindo, chef du PNUD en Haïti, continue de faire confiance au gouvernement intérimaire dirigé par un ancien officiel de l'ONU, Gérard Latortue, pour réaliser des élections en 2005 et mettre en place un gouvernement légitime qui s'occupera des tâches à long terme de la reconstruction.
Mais personne ne voit comment de bonnes élections peuvent être organisées quand des bandes armées imposent leurs lois sur une grande partie du territoire.
Commentaires sur les avis relatifs au protectorat
Le diagnostic de Mr Marcella semble irréfutable. En réalité ce qu'il présente comme les causes des crises haïtiennes sont les conséquences d'une seule cause, à savoir " la pérennité d'un archaïque système d'injustice qui interdit à la grande masse des Haïtiens de jouir des droits fondamentaux de la personne et des droits constitutionnels de citoyens d'une république que Haïti est censée être".
L'Etat prédateur, dont parle l'analyste américain, n'est pas une abstraction fatale. Il incarne les intérêts de groupes oligarchiques qui profitent de cet apartheid. C'est ce système d'injustice qui alimente la violence endémique et multiforme de la société haïtienne.
Donc, si le protectorat vient conforter ce système, en appuyant ces oligarchies irresponsables, il échouera, car il aura manqué sa cible. Si, au contraire, la communauté internationale choisissait de se tenir du côté de la justice, pour la jouissance des droits fondamentaux, pour l'exercice des droits constitutionnels, pour tous, sans apartheid, elle recevrait un fort soutien populaire.
Aucune tâche, aucun défi, n'est au-dessus des capacités d'un peuple mobilisé, dont les droits de tous et de chacun sont protégés par les mêmes lois et mêmes institutions. Ni la construction de l'Etat de droit, ni la relève de l'économie, ni la restauration de la biodiversité.
Les propos des commentateurs haïtiens sur cette affaire m'apparaissent plutôt légers. Beauboeuf, Michel Georges et Bajeux opposent la souveraineté aux meilleures conditions de vie. Je ne vois aucune incompatibilité entre la dignité et la prospérité. Au contraire. Les Etats-Unis, pays le plus prospère au monde, est bien le plus "patriote".
Et contrairement à ce que raconte Beauboeuf, sur le prétendu potentiel terroriste, c'est ce pays qui attire le plus les terroristes. Comme je le dis plus haut, si les protecteurs ne se tenaient pas du côté de la justice, au lieu de bénéficier de 65 à 70 % d'opinions favorables, comme le promet Beauboeuf, leur entreprise ne réussirait pas. Ils seront obligés de patauger dans le sang des pauvres. Si au contraire, ils acceptaient de lutter contre l'injustice, tout serait plus facile, pour eux et pour Haïti.
Pierre Rodrigue Saint-Paul
3 Janvier 2005
Le Président provisoire B. Alexandre tend la main
à la communauté internationale
Le Président provisoire haïtien, Boniface Alexandre, a demandé à la communauté internationale de concrétiser ses promesses d'aide envers Haïti durant l'année 2004. Il est « pénible de constater que l'aide promise ne se concrétise pas », a-t-il déploré.
Il a annoncé que des émissaires de haut rang seront dépêchés en Afrique du Sud, auprès de la Communauté des Caraibes (CARICOM) et au Vénezuela pour leur expliquer, selon Alexandre, que l'amitié envers Haïti doit passer avant tout. « Nous avons besoin de leur solidarité », a-t-il renchéri.
Alexandre a invité l'ancien Président à appeler ses partisans à cesser la violence et à contribuer à la paix. « Nous avons trop tardé à nous mettre autour de la table de la fraternité », a affirmé Alexandre, qui annonce des dispositions en direction des secteurs haïtiens et étrangers à la recherche de la paix en Haïti en vue de la réalisation des prochaines élections, prévues pour fin 2005.
Sur le terrain, les jours et les mois à venir seront « difficiles », en raison de la perspective électorale, a reconnu Alexandre. Il a appelé les éventuels candidats à faire primer les intérêts nationaux sur leurs intérêts particuliers. Pour Alexandre, un « vrai dialogue » sera nécessaire en vue d' « apaiser la transition ».
Il a promis que des enquêtes seront conduites sur les violations des droits humains commises par les agents de la police dans l'exercice de leur profession. Les cérémonies des Gonaives, qui se sont déroulées en présence du Premier Ministre Gérard Latortue, du Président de la commission officielle de célébration du bicentenaire d'Haïti, l'ancien Chef d'État Leslie Manigat et du corps diplomatique, n'ont pas bénéficié de la présence de la grande foule (200 personnes). (Source : Alterpresse 01/01/2005)
Le président intérimaire n'a pas dit un mot en faveur de la libération de la pléthore de prisonniers politiques illégalement gardés en otage dans les différentes prisons du pays.Ce silence en dit plus long que tous les grands discours!