INSTITUTIONS
13 avril 2008
SCÈNES DE LA VIE PARLEMENTAIRE EN HAÏTI
ET STABILITÉ POLITIQUE

Fin févier début mars 2008, des députés ont décidé d'interpeller le premier ministre Jacques Alexis en raison de la vie chère en Haïti. La plupart de ces députés sont issus des partis (Alliance, OPL, Fanmi Lavalas, Union et Fusion) membres du gouverne-ment. Ils ont clamé leur décision d'infliger un vote de censure au premier ministre pour le renverser avec son gouvernement. Certains se disent furieux que Jacques Edouard Alexis aurait déclaré qu'il n'avait pas de baguette magique, ni n'était un faiseur de miracles, compte tenu de la tendance à l'échelle internationale, le prix du baril de pétrole par exemple, ayant atteint les 100 dollars.
Le chef de file de l'Alliance, Evans Paul déclare que la population
a manifesté son insatisfac-tion face à l'action du gouvernement. Le député
Acluche Louis Jeune (OPL), prépare son argumentaire pour rallier un grand
nombre de députés indécis. Les dirigeants de l'OPL avaient pourtant appelé
leurs députés à voter en faveur du premier ministre. L'Union, de Chavanne
Jeune, souligne qu'il faut éviter une nouvelle crise au pays. Selon lui
le renvoi du premier ministre peut entraîner le blocage du processus électoral
et des hésitations dans l'aide de la communauté internatio-nale.
Gaillard (Fusion), estime qu'un remaniement du gouvernement est une urgence.
" La Fusion est inconfortable et souhaite que le gouvernement pluriel
cède la place à un gouvernement de coalition ". Préval avait ouvert
généreusement son gouvernement à plusieurs petites formations créditées
de 2,6%, 2,6% et 2,4% des suffrages. C'était une demande des étrangers qui
aiment bien ce genre de cuisine chez les autres. Ces formations se déclarent
aujourd'hui insatisfaites et exigent un statut plus confortables.
Au sein de Fanmi Lavalas, les députés Paully Faustin et Saurel François
sont prêts à voter contre le premier ministre. Un député de l'Alliance,
Noël Eliphete, dénonce le comportement de certains collègues qui auraient
monnayé leur vote avec la primature.
Fritz Gerald Bourjolly du parti Fusion réclame le renvoi du premier minis-tre.
Laurore Edouard de l'Union dit attendre l'exposé du premier ministre pour
décider de son vote.
Jusqu'à présent les députés de LESPWA qui détiennent une majorité relative
sont solidaires du premier ministre Alexis. Certains 
d'entre
eux, réclament au plus un remaniement ministériel. Le sénateur Lavalas,
Roudy Hériveaux, dit craindre que le renvoi du premier ministre entraîne
un blocage du processus électoral, en cours pour le renouvellement du tiers
du sénat. Il a précisé également qu'un gouvernement démissionnaire auquel
un vote de censure est infligé ne saurait être un interlocuteur privilégié
pour les bailleurs internationaux. Voilà pourquoi, le parlementaire souligne
la nécessité que ses collègues députés fassent preuve de lucidité puisqu'en
avril il va y avoir une importante réunion entre ces bailleurs et le gouvernement
haïtien qui compte solliciter un montant de 4 milliards de dollars pour
les trois prochaines années pour la réalisation de projets visant notamment
la réduction du coût de la vie.
Cependant M. Hériveaux croit qu'il faut opérer des changements au niveau
de l'équipe gouvernementale car, dit-il, certains minis-tres accusent un
bilan négatif sinon inexistant. M. Lambert dit craindre qu'un éventuel vote
de censure n'entraîne Haïti dans une spirale d'insécurité plus profonde
à un moment où des efforts énormes sont consentis par les autorités haïtiennes
pour stabiliser le pays. De plus, tout vote de censure entraînerait l'absence
de ministre pour faire le dépôt de la loi électorale et la défendre, en
vue des prochaines élections pour le renouvellement du tiers du sénat.
Il a également souligné qu'une telle mesure provoquerait une aggravation de la cherté de la vie étant donné que le gouvernement qui viendrait, ne ferait que liquider les affaires courantes. De combien de temps devrait-t-on disposer pour entamer un processus de négociation en vue de désigner un nouveau premier ministre, le ratifier lui et son programme, former un cabinet, prendre connaissance des dossiers déjà constitués, s'est interrogé Joseph Lambert. Le premier sénateur de l'Ouest, Jean Hector Anacacis, a fait savoir qu'il y avait des enjeux majeurs derrière le dossier de l'interpellation du premier ministre Jacques Edouard Alexis. Il y a des secteurs qui ne souhaitent pas que ce soit le gouvernement de M. Alexis qui organise les élections pour renouveler le tiers du sénat, a-t-il révélé.
Jean Hector Anacacis a dénoncé des secteurs pour lesquels
tous les moyens sont bons pour arriver à leurs fins, même le prétexte de
la vie chère et la souffrance de la population. Il a plaidé dans le même
temps en faveur d'un remaniement du cabinet ministériel. Il rappelle que
l'organisation de ces élections est né-cessaire pour la santé démocratique
du pays. L'ancien président de l'Assemblée nationale, Joseph Lambert prévient
que la situation socio économique de la population risque de s'aggraver
si les députés se montrent irresponsables. Ramener le phénomène de l'insécurité
à son niveau le plus bas peut influencer de manière positive sur le coût
de la vie a dit Joseph Lambert.
Dans le Nord du pays, le représentant de l'organisa-tion du peuple en lutte
(OPL), parti membre du gouvernement pluriel, appelle à un vote de censure
contre le premier ministre. Mais, les repré-sentants de Fanmi Lavalas croient
qu'un éventuel départ du chef du gouvernement compliquerait davantage la
situation.
Janet
A. Sanderson De son côté, l'ambassadeur américain Janet A. Sanderson, estime
que la priorité devrait être accordée au renforcement de la démocratie et
à la stabilité politique. Le leader du Mochrenah, (mouvement chrétien) le
Pasteur Luc Mesadieu dit s'attendre à une relance parce que le chef de l'État
est conscient des problèmes. Il croit que le gouvernement doit adopter des
mesures urgentes contre la cherté de la vie qui peut à terme débou-cher
sur un soulèvement, prélude d'une instabilité politique. L'Association des
Maires Haïtiens sol-licite un vote de con-fiance. Yvon Jérôme, porte parole
de l'Asso-ciation, " Nous apportons notre appui au premier ministre et à
tous les ministres ".
Le "Groupe des parlementaires progressistes " se prononce pour
le maintien de Jacques Edouard Alexis. Le député Guy Gérard Georges Torbeck/Chantal
informe que le groupe qui compte une cinquantaine d'élus réclame un rema-niement
ministériel.
LA QUESTION DU REMANIEMENT MINISTERIEL
Dans l'esprit d'un politicien traditionnel, le remaniement ministériel n'a jamais eu de rapport avec la vie du peuple. C'est une occasion de trouver un os à grignoter. On a observé des divergences sur la nécessité de renverser le gouvernement, mais un quasi consensus sur le souhait d'un remaniement. En fait les intérêts personnels sont prioritaires. Quelques sénateurs ont exprimé des positions divergentes suite aux informations faisant état d'un remaniement imminent au sein du gouvernement et dans la diplomatie. Lors de l'interpellation le 28 février du premier ministre Jacques Alexis, plusieurs députés ayant renouvelé leur confiance au gouvernement, avaient conditionné leur vote à des changements dans l'équipe gouvernementale. Le premier sénateur du Nord Ouest, Evallière Beauplan (pro Lavalas), a estimé mardi que l'heure est venue d'opérer un remaniement. Cependant, le sénateur Rica Pierre (OPL) s'est prononcé contre un remaniement dans l'immédiat du gouvernement. Selon le troisième sénateur du Sud-Est, le chef du gouvernement devrait attendre la mise en place du programme d'urgence. Les changements doivent être opérés sur la base d'un programme à appliquer, a dit le parlementaire qui estime prématuré de procéder au remaniement de l'équipe gouver-nementale. Certains parlementaires expriment des inquiétudes quant à l'évincement de certains ministres issus de leurs partis. Des observateurs estiment que plusieurs ministres du gouvernement sont enclins à appliquer le programme de leur propre parti au sein du gouvernement dirigé par un premier ministre du parti L'ESPOIR.
EPILOGUE 1 Moins de 24 heures après que 63 députés
aient renouvelé leur confiance à Jacques Edouard Alexis, des interpellateurs
dont certains appartiennent aux partis de la "coalition" gouvernementale,
se sont déclarés ouvertement dans l'opposition. " Nous devons organiser
une réunion autour d'une opposition constructive au gouvernement de Jacques
Edouard Alexis " a déclaré le député de Jérémie, Joseph Isidor Mercier,
dans les colonnes d'un quotidien .
EPILOGUE 2 Du 3 au 9 avril des émeutes de la fin se
répandent dans tout le pays.
EPILOGUE 3 Seize (16) sénateurs sur vingt-sept
(27) ont adressé mercredi soir une lettre au premier ministre Jacques Edouard
Alexis pour lui demander de donner volontairement sa démission avant le
samedi 12 avril 2008.
Ont signé ladite correspondance : Youri Latortue et François Fouchard Bergromme
(Artibonite, Latibonit An Aksyon) ; Roudy Hérivaux et Evelyne Chéron (Ouest,
Fanmi Lavalas) ; Riché Andris (Grande-Anse, OPL) ; Mélius Hyppolite (Nord-Ouest,
OPL) ; Joseph Pierre Louis (Nippes, OPL) ; Ricard Pierre (Sud-Est, OPL)
; Edmonde Supplice Beauzile (Centre, Fusion) ; Joazil Rodolphe (Nord-Est,
PONT) ; Michel Clérié (Grande-Anse, Fusion) ; Judnel Jean (Nord-Est, Fusion)
; Gabriel Fortuné et Fritz Carlos Lebon (Sud, UNION) ; Eddy Bastien (Nord-Ouest,
ALLIANCE).
Le samedi 12 avril, le Premier Ministre Jacques Edouard Alexis
est renversé par le sénat. Le même jour le président
Préval promet de nommer un nouveau Premier ministre, après
consultation des présidents des deux chambres.
22 décembre 2007
Aristide qualifie les élections de
2006 de trahison
de la volonté du peuple
...Dènye
kou Pèp la pran an, se kout ponya trayizon Ki plante nan do l depi dènye
seleksyon 2006 yo. Pèp la sibi operasyon sou operasyon san anestezi. Operasyon
Retou imedya a, se manman kesyon an. Donk, ponya trayizon sa a pike Pèp
la jis nan kè l. Plan an se demantibile Pèp la, dekouraje l, elimine l.
Nan vide manti, yo fè inosan toujou pase pou koupab. E deplizanpli, yo pra
l kontinye dyabolize viktim yo Pandan yap bay koupab yo kominyon san konfesyon.
Menm si viktim yo ap mande jistis, jistis, jistis, se rèv. Plis pase
10.000 inosan deja tonbe, san nou pa konte Moun ki disparèt sou fòm kidnapig
tankou Lovenski. Prizonye politik ki Lavalas toujou ap pouri nan prizon.
Pèsekisyon politik kont Lavalas ap fèt o non demokrasi. Tout bouwo ki fè
krim koudeta ap byen mennen libelibè. Men viktim yo anba pèsekisyon paske
yo pa trayi Pèp la.
Jou apre jou, mizè a ap malmennen viktim yo pi plis. Gade kijan dife grangou a vin pi pi wouj nan lanfè a ! Kote 184 paradi terès ki tap vann 2 pou 5 nan Peyi a? Si lè sa a n te kite yo andòmi konsyans nou ak manti, Jodi a, remò ak kòlè ta deja toufe nou tout bò isit la. Nou konprann jwèt makyavelik la e se pou sa nou di : Rat manje kann nan, men domaj, zandolit mouri inosan. Gade jan pitit Pèp la kontinye ap sibi anba gwo vyolans Zam lagè malgre bonm lanmò yo te deja lage sou Site a!
Dòk, ou kwè ou realize jan prejije Fè kèk moun rayi Pèp Ayisyen an ? Yo rayi Pèp la jis tèt yo anvi pati ! Yo rayi Pèp la jis lòlòy yo vire ! A ! Se pa ti vire, vire an jwèt non ! Se bon vire a, vire pou chavire a ! Yo fin fou pou elimine Pèp la nèt. Malgre gen moun ki mòde ni pous yo, ni bra, ni koud, Gen lòt ki fè kòm si yo pa wè ke yo te fè yon erè grav. Jiskaprezan, ti ekip zwit sa a ta ka peye lò ak dyaman Pou cha blende disparèt Site Solèy ak tout katye popilè : Donk, mas pèp la menm ke yo pa konsidere kòm moun...
3 décembre 2007
Forum sur la réforme constitutionnelle
Lors
du forum sur le projet d'amendement de la constitution organise vendredi,
23 novembre 2007, à Miami (Sud de la Floride) entre une délégation sénatoriale
et des membres de la communauté haïtienne. La délégation conduite par le président
du Sénat haïtien, Joseph Lambert, président de l'Assemblée nationale,
était venue recueillir le point de vue des haïtiens expatriés autour
du projet du président Préval d'amender la constitution de 1987.
(lire la déclaration
du Préval)
Cette rencontre était très animée par plusieurs participants qui s'étaient
montrés hostiles à la présence au sein de la délégation de Me Gérard Gourgue,
ancien président virtuel de l'opposition au président Préval
(ne faudrait-il pas plutôt imiter la tolérance de Préval?)
. Les participants ont insisté notamment sur la question de la double nationalité.
Ils ont exprimé le souhait que les parlementaires oeuvrent à la mise
à jour des acquis obtenus en ce sens en vue de faciliter une meilleure
intégration de la diaspora dans les affaires haïtiennes.
Plusieurs
d'entre eux, ont émis des réserves quant à la motivation réelle des autorités
d'amender la constitution. Ils estiment que la constitution avec vingt 20
ans d'âge n'est pas vieille au point de nécessiter un amendement.
(Avec une telle logique la constitution serait un fétiche auquel
n'on osera jamais toucher. C'est vraiment trop d'honneur pour un document
conçu sous l'égide de Namphy et Regala!)
Toutefois, ils ont admis l'existence de failles dans la constitution, qui
méritent d'être corrigées en vue de l'adapter aux réalités haïtiennes. Le
problème n'est pas la constitution elle-même, mais ceux qui refusent de l'appliquer.
Dans le même sens, plusieurs autres ont dit déplorer que 20 ans après l'adoption
de la loi mère, un ensemble d'institutions prévues par celle-ci ne sont toujours
pas mises en place.(C'est le cas de la commission électorale qui
est toujours provisoire )
D'autres encore ont déclaré ne pas comprendre pourquoi les autorités ne tiennent
pas compte, dans leur démarche, du projet d'amendement introduit par la 47e
législature sous le gouvernement Aristide.(Bonne question qui fait tomber
le masque)
"Un amendement de la constitution est nécessaire en vue de l'inclusion de tous les secteurs dans la vie du pays", ont-ils insisté. Pour sa part, le sénateur Joseph Lambert, a promis de produire un rapport des différentes rencontres tenues et des opinions recueillies lors de cette tournée qui a conduit les sénateurs dans plusieurs Etats des Etats-Unis. La délégation était compsée des sénateurs Joseph Lambert, Michel Clérié, Jean Hector Anacacis, Eddy Bastien, Jean Gabriel Fortuné, Jean Joseph Pierre -Louis, ansi que de Me Gérard Gourgue et de plusieurs journalistes.(Source: AHP 26 novembre 2007)
23 octobre 2007
Aristide devrait faire partie de la solution au problème haïtien
Selon
différents secteurs étrangers, la solution aux problèmes politiques auxquels
fait face Haïti serait incomplète sans l'apport de l'ancien
président
en exil Jean Bertrand Aristide. Selon des opinions émises par des secteurs
divers, notamment en Afrique du Sud,.
Jean Bertrand Aristide est vu comme un élément important dans la stabilisation
définitive d'Haïti bien que ces opinions n'aient pas fait l'objet de discussion
au Conseil de sécurité lors du vote pour renouveler le mandat de la mission
des Nations-Unies en Haïti, pour une période de 12 mois. "La popularité
d'Aristide et son influence tant en Haïti que dans la région sont connues
comme primordiales dans les efforts de construction de la paix",
souligne Thami Dickson de SABC News.
L'analyste politique Joe Simpson a indiqué pour sa part que des efforts ont
été entrepris pour relancer le pays mais la situation reste fragile,
en raison du fait que certains secteurs sont résistants aux changements à
cause de gros intérêts. Il estime que le départ forcé d'Aristide n'a
rien réglé en Haïti, mais a plutôt fait régreser le pays au cours des deux
ans qui ont suivi le 29 février 2004. La Conseil de sécurité des Nations Unies
estime quant à lui qu'Haïti a une chance en or pour commencer à se reconstruire
avec l'aide de la communauté internationale. "L'ordre revient progressivement
en Haïti et il y a une chance pour les haïtiens de résoudre leurs différends
politiques". (Source: AHP 18 octobre 2007)
Haïti
Échanges soutient cette vision de l'évolution de la politique
haïtienne. Il est plus que temps de traiter les affaires du pays avec
des idées politiques constructives et de remiser définitivement
les petites méchancetés, médiocrités et règlements
de comptes personnels.
La preuve est faite par l'histoire et l'évolution du monde le confirme
que toutes les familles de pensée doivent être impliquées
dans le travail de stabilisation démocratique et de relèvement.
La démocratie est pluraliste sous une loi unique pour tous.
Il est évident que le mouvement politique populaire dirigé par
Aristide ne peut être écarté; c'est comme couper une jambe
au malade et lui dire de courir. De même les courants conservateurs
traditionnalistes, les cryptoduvaliéristes, les mercantilistes doivent
participer au concert démocratique, comme partout dans le monde.
L'art. constitutionnel qui avait exclu les duvaliéristes en 1987 n'était
pas une grande découverte.
23 octobre 2007
Au
201è anniversaire de l'assassinat de Dessalines
Le président Préval réaffirme la nécessité
d'un remaniement de la constitution
Le
président Préval réitère la néceessité d'un remaniement de la constitution
considérée commme une source d'instabilité et affirme que les luttes intestines
qui rongent le pays depuis l'assassinat de Dessalines sont aujourd'hui les
principales causes de l'instabilité 
Le président a plaidé une nouvelle fois l'urgence d'un amendement de la constitution de 1987, pour aider Haïti à retrouver, a-t-il dit, son indépendance politique. Le chef de l'Etat intervenait dans le cadre des activités commémoratives du 201è anniversaire de la mort de l'Empereur Jean Jacques Dessalines, assassiné à Pont Rouge, le 17 octobre 1806, deux ans après avoir libéré les indigènes du joug des colons et proclamé l'indépendance d'Haïti.
La constitution représente elle-même une source d'instabilité pour le pays. Pourquoi un président haïtien, après un mandat de 5 ans doit passer le même nombre d'années en dehors du pouvoir avant d'en briguer un nouveau, s'est interrogé Préval. Et comment expliquer qu'un premier ministre choisi par le président de la République peut être renvoyé par le parlement qui l'a tout simplement ratifié, s'est-il encore interrogé. Il a qualifié d'anomalie grave le fait qu'une majorité simple au parlement peut rejeter l'objection du président haïtien, alors qu'aux Etats-Unis par exemple, c'est une majorité qualifiée soit les 2/3 qui peut le faire. Beaucoup de secteurs ont estimé que des parlementaires abusent trop souvent des trop grands pouvoirs que lui donne la constitution, au dériment de la bonne marche du pays.
Un groupe de sénateurs décidait récemment d'interpeller le premier ministre, avec menace de vote de censure, parce qu'un commissaire de gouvernement n'avait pas acccompagné un ministre que ces parlementaires voulaient interroger autour d'une convocation adresssée à un homme d'affaires. L'interpellation a quand même été maintenue en dépitt du fait que le commisssaire acceptait par la suite de se présenter devant la cxommission justice du sénat. Et un des sénateurs du groupe de déclarer que l 'affaire du commisaire n'était qu'un prétexte pour trainer le chef du gouuvernement au sénat.
Le président Préval a plaidé en faveur de l'institution d'une cour constitutionnelle qui sera chargée d'interpréter la constitution étant donné a-t-il dit, que seule une autre loi peut interpréter une loi, ce qui empêcherait les haïtiens de continuer d'émettre leurs propres opinions sur la constitution. La constitution en vigueur a été votée le 29 mars 1987 un an et un mois après la fin de la dictature des Duvalier avec la chute de Jean-Claude Duvalier le 7 février 1986.
Préval a redit par qu'il passera l'écharpe présidentiele à son successeur au terme de son mandat le 7 février 2011. Le président Préval a d'un autre côté, fait savoir que les luttes intestines qui rongent le pays depuis l'assassinat de Dessalines sont les principales causes de l'instabilité qui frappe aujourd'hui encore le pays. C'est cette instabilité qui empêche la construction du pays et l'adoption de mesures pour réduire les conséquences des catastrophes naturelles, a déclaré Préval. Il a particulièrement déploré l'instabilité politique qui s'est installé de 2004 à 2006 et qui a été la cause de la destruction du Conseil National des Equipements (CNE). René Préval a présenté ses condoléances aux parents des victimes des dernières inondations ayant frappé Haïti et annoncé l'acquisition de nouveaux engins devant favoriser la reprise des activités du CNE. (Source: AHP 18 octobre 2007)
5 octobre 2007
UCREF,
MAGISTRATURE ET CORRUPTION
( Heidi FORTUNÉ Magistrat)
Le code d'instruction criminelle haïtien traite essentiellement des pouvoirs des divers acteurs de la chaîne pénale, et de la procédure devant les tribunaux pour sanctionner les infractions et indemniser les victimes. L'attribution d'une prime forfaitaire par l'Unité Centrale de Renseignements Financiers (UCREF) à certains magistrats de Port-au-Prince ne repose sur aucune justification ni aucune disposition légale. Une telle situation constitue évidemment une forme de corruption de nature à autoriser des pressions directes de cette institution sur l'activité juridictionnelle de ces magistrats. En outre, elle expose les agents concernés à un traitement inégalitaire par rapport aux autres magistrats de la république, particulièrement ceux de la province. Avec ce nouveau scandale, la justice vient de perdre sa sacralité et le peu qui lui restait de sa crédibilité.
Il y a quelque chose de très déroutant dans cette affaire. Cette triste illustration marque, en effet, une dérive sans précédent dans l'organisation judiciaire en Haïti. L'émotion est trop grande. Le pire : des magistrats que l'on croyait au-dessus de tout soupçon y sont mêlés. Ah ! " L'argent brise les pierres ". D'après une feuille de paie rendue publique et qui concerne le mois de juillet 2007, il s'agit de primes accordées dans le cadre d'un Projet de Constitution d'une Chaîne Pénale et d'Aide ponctuelle au renforcement de certaines institutions luttant contre la drogue, le blanchiment et la corruption. Il importe de se questionner sur la légalité de la constitution de cette cellule dorée. Parlant de chaîne pénale, que viennent chercher des chauffeurs, des secrétaires, des greffiers et des huissiers dans tout cela ?
L'on se doit aussi de se demander : d'où proviennent les fonds utilisés par l'UCREF pour primer ces privilégiés ? Est-ce du trésor public ou s'agit-il tout simplement de fonds séquestrés dans le cadre de ses activités ? On dira ce qu'on voudra mais ce mode de procéder de l'UCREF est mené de façon cavalière, sans aucune concertation ; ce qui dénote une sorte de clientélisme, de copinage et de favoritisme...des termes intimement liés à la corruption. En plus, cette approche est susceptible de porter atteinte à l'indépendance des juges.
En France par exemple, il existe des " primes au mérite " pour les magistrats mais elles se donnent en vertu d'un décret relatif au régime indemnitaire des magistrats de l'ordre judiciaire, en fonction de la contribution du magistrat au bon fonctionnement de la justice. Ces sommes accordées à titre d'encouragement s'octroient annuellement et se comptabilisent en pourcentages clairement définis. Pour cela, toute une gamme de mesures de contrôle et d'inspection est mise en place pour éviter toute discrimination ou magouille. Tel n'est pas le cas ici, eu égard aux montants perçus mensuellement par les magistrats impliqués dans cette sale combine.
Notre système judiciaire est malade à tout point de vue, et nous estimons que sa mise à plat est nécessaire. Même quand cela va choquer, nous pensons également qu'il faut questionner l'intégrité de ces magistrats dont nous déplorons la conduite. Nous désavouons publiquement cette pratique de l'UCREF qui met en péril, non seulement, l'indépendance de la magistrature mais également l'avenir du pays tout entier. Si, en tant qu'institution légalement prévue par la loi, sa mission consiste à enquêter sur des cas de malversation, de gabegie administrative et de blanchiment d'argent provenant du trafic illicite de la drogue et autres infractions graves, en étroite collaboration avec la justice, cela ne sous-entend nullement qu'elle peut soudoyer voire corrompre les divers acteurs de la chaîne pénale qui lui apportent leur concours. Ce faisant, elle outrepasse ses limites, brise sa sphère de compétence, va au-delà de son champ d'action et viole la loi. Les auteurs et complices de cette infamie devront tirer les conséquences qui en découlent.
Un État de Droit, une vraie Démocratie doit répondre par l'action publique des crimes de Magistrats.
Heidi FORTUNÉ
Magistrat, Juge d'Instruction Cap-Haïtien, Haïti
Ce 30 septembre 2007 http://heidifortune.blogspot.com
3 octobre 2007
A
son retour de la 62ème assemblée générale de l'ONU à New-York, le 1er octobre,
René Préval, s'est
exprimé à l'aéroport
Toussaint
Louverture de Port-au-Prince, notamment sur la question de l'armée.
" Une
armée n'est pas nécessaire maintenant pour le pays ", a soutenu encore
une fois M. René Préval. Le président se dit favorable à la constitution
d'une force de sécurité publique pour sécuriser le pays.
Dans son argumentaire, le chef de l'état a souligné que l'Armée n'existait
plus en Haïti depuis l'armée indigène qui avait conquis l'indépendance nationale.
" Depuis l'occupation américaine en 1915, Haïti n'a eu qu'une gendarmerie
nationale ; d'ailleurs les habitants avaient pour habitude d'appeler
les soldats, des gendarmes ".
Le président haïtien a témoigné de sa gratitude envers la Minustah (Mission
de stabilisation de l'ONU en Haïti) à la tribune de l'ONU, et estime que
" le pays a besoin d'une force publique pour assurer la sécurité des bâtiments
publics, de nos frontières et de notre environnement ".
Le président a également écarté toute approche politique dans le dossier des
conseillers électoraux qui se refusent à répondre aux invitations du Parquet
de Port-au-Prince. M. René Préval explique cette action se situe dans les
limites de la loi. Le président de la République a plaidé pour un amendement
de la Constitution du 29 mars 1987 qui constitue, selon lui, une source d'instabilité
avec les multiples élections qu'elle exige.
22 septembre 2007
.
LA CENSURE LÉGISLATIVE ET LE RENVOI DU MINISTRE DE
LA CULTURE
DANIEL ELIE INFIRMÉS PAR L'ENQUETE DE LA COUR SUPERIEURE DES COMPTES
ET DU CONTENTIEUX ADMINISTRATIF
La Cour Supérieure des Comptes et du Contentieux Administratif (CSCCA) et l’Unité de Lutte contre la Corruption (ULCC) ont disculpé le Ministre de la Culture et de la Communication, Daniel Elie, renvoyé du gouvernement, sous des accusations de corruption qui aurait justifié sa censure le 31 juillet dernier par la Chambre des députés.
Les conclusions des rapports d’enquête de ces deux entités chargées de la vérification des comptes des organismes de l’Etat et de la gestion des comptables de deniers publics, sont citées dans deux correspondances du Président René Préval, adressée vendredi, l’une, au Ministre démissionnaire pour le féliciter de sa gestion ; l’autre, au Président de la Chambre basse, Pierre Eric Jean Jacques, pour exhorter le Parlement à « ne pas exposer à la dérision, sous peine de les rendre inopérants, les moyens donnés par la Constitution et la Loi » .
Pour la
CSCCA, "les rapports financiers concernant l’organisation du Carnaval
2007 présentent fidèlement les transactions financières effectuées par le
Ministère ". L’une des principales justifications du vote de censure
du 31 juillet concernait justement la « mauvaise gestion » par Daniel
Elie des fonds alloués pour l’organisation des festivités carnavalesques de
cette année. La CSCCA indique « la vérification n’a révélé aucune irrégularité
majeure pouvant être qualifiée de malversation, de détournement ou de vol
de nature à engager la responsabilité de l’ordonnateur ».
Pour l’ULCC, « à la lumière des dispositions des articles 137 et suivants
du Code pénal haïtien réprimant la corruption, et des articles 6 et 9 de la
Convention Interaméricaine contre la Corruption, les faits relatés par les
personnes rencontrées dans le cadre de l’enquête ne constituent pas l’infraction
de corruption en ce qui concerne M. Daniel Elie ». Et le rapport de l’ULCC
d’ajouter, « quant aux autres dépenses, la vérification des pièces justificatives
et de la documentation disponibles au Ministère n’a pas permis de déceler
ni agrément d’offres ou de promesses, ni réception de dons ou de présents
de la part du Ministre ou d’un membre de l’administration pour faire un acte
de leur fonction non sujet à salaire ».
Fort des
conclusions des deux rapports, le chef de l’Etat qui, dès le vote de censure
contre M. Elie, avait clairement manifesté sa sympathie à son endroit, se
réjouit de le voir disculpé des accusations qui avaient été portées à tort
contre lui, selon les propres termes du Président Préval, « Vous pouvez
donc, maintenant, partir le cœur léger, avec la satisfaction d’avoir exercé
votre fonction de Ministre avec dévouement, compétence et intégrité. Pour
ma part, je vous renouvelle mes remerciements d’avoir accepté de faire partie
de l’équipe gouvernementale et de vous être montré à la hauteur de la confiance
que le Premier Ministre et moi avions placée en vous », conclut René Préval
dans sa correspondance à Daniel Elie.
Au Président de la Chambre basse, le Chef de l’Etat exprime avec clarté à
la fois sa « détermination à combattre la corruption », mais tout aussi bien
son souci d’éviter que ceci ne donne lieu à des injustices pouvant avoir pour
conséquences fâcheuses « de porter des citoyens honnêtes, compétents
et sérieux à refuser de se mettre au service de leur pays, en se persuadant
que l’Etat ne peut être habité que par des malveillants et des médiocres ».
«
Le combat que je conduis, en ma qualité de Président de la République, est
un combat pour "restaurer au serviteur de l’Etat son respect et sa
dignité, vis-à-vis de nos concitoyens d’abord et vis-à-vis du monde ensuite
», souligne M. Préval à l’attention du Président de la Chambre des députés.
« Cela demande que chaque serviteur de l’Etat soit extrêmement exigeant
avec lui-même, parce que la loi ne sera pas indulgente avec lui », ajoute-t-il.
« Cela demande aussi que les droits de ceux qui se mettent au service de
l’Etat soient respectés et que l’Etat lui-même assure à chacun de ses serviteurs
une protection conséquente lorsque des actions ou des agressions immotivées
ou fantaisistes viendraient mettre en cause la personne ou l’intégrité de
ce serviteur », conclut la correspondance du Chef de l’Etat au Président
de la Chambre basse.
Le 3 août 2007, soit deux jours après son renvoi par la Chambre basse, Daniel Elie avait officiellement sollicité une enquête sur sa gestion. Le 9 août, il avait présenté sa démission au Chef de l’Etat. Le 13 août René Préval lui avait donné la garantie que l’enquête allait être diligentée. Du même coup, il lui avait officiellement demandé de liquider les affaires courantes jusqu’à nouvel ordre, ce qu’il fait effectivement depuis le 31 juillet
Dans
ces conditions comment seront réparés les préjudices
matériels et moraux causés sans justification dans des conditions
pareilles.
Il semblerait plus judicieux qu'avant d'interpeler et de censurer on se renseigne
en consultant les organes compétents pour enquêter sur le sujet.
22 mai 2007
René
Préval décrète la guerre contre la corruption
Lourde tâche, bon courage quand même!
Intervenant
à l’occasion de la cérémonie commémorative de la fête du drapeau, le président
René Préval a donné le coup d’envoi d’une grande bataille contre la corruption
estimant que les corrupteurs et les corrompus sont des traîtres envers la
patrie. Ceux qui participent à la corruption sont des ennemis de la patrie
parce qu’ils empêchent le retour des investisseurs a indiqué le chef de l’état
. " Dans nos rangs point de traites, dit notre hymne national, les traitres
de 1804 étaient des ennemis de la liberté alors que les traites de 2007 sont
des ennemis de l’égalité", indique le chef de l’état pour qui la lutte
d’aujourd’hui consiste à favoriser l’égalité entre les haïtiens. A l’occasion
du 204 eme anniversaire de la création du drapeau haïtien, M. Préval affirme
que la lutte pour l’égalité vise à favoriser l’accès à l’éducation et aux
soins de santé pour tous les enfants et la disponibilité de crédit pour les
petites marchandes et les paysans. Selon René Préval l’état doit disposer
de ressources financières pour réaliser des projets aux bénéfices de la population
sans recourir à l’assistance internationale. "
Pour que l’Etat puisse avoir les ressources nécessaires il faut combattre
la corruption, ceux qui participent à la corruption sont des traitres envers
la lutte pour l’égalité, ajoute t-il. Tout en rappelant que la lutte contre
la corruption favorisera la reprise des investissements privés M. Préval souligne
que cette année est décrétée année de lutte contre la corruption. Dans son
discours le chef de l’état a révélé les entreprises et institutions étatiques
gangrenées par la corruption, l’administration des douanes, la Direction générale
des impôts (DGI), la Police Nationale, l’appareil Judiciaire, les mairies,
le parlement, les ministères et le palais national. " Nous comptons mener
une lutte acharnée contre la corruption sous toutes ses formes", indique
t-il.
Le chef de l’état a précisé les différentes formes de corruption, citant
les commerçants impliqués dans la contrebande, les fonctionnaires publics
recevant des pots-de-vin, les policiers qui réclament de l’argent des automobilistes,
les propriétaires de banque qui détournent les fonds des déposants et les
juges qui reçoivent de l’argent pour libérer les inculpés. Dans cette grande
bataille le chef de l’état affirme être le premier soldat étant assuré de
l’appui du gouvernement, du parlement et du peuple haïtien. Tout en étant
sûr de la victoire, le président haïtien rappelle ses armes dans cette guerre,
qui sont l’Unité centrale de lutte contre la Corruption (ULCC), L’Unité Centrale
de Renseignements Financiers (Ucref), la Cour supérieure des comptes et du
contentieux administratif (CSCCA), la commission nationale des marchés publics,
les commissaires du gouvernement, le ministère de la justice, la PNH, la DGI
et l’administration des Douanes.
C'est une tâche pas facile! Le cancer s'est diffusé dans le
corps et l'âme de la nation. C'est déjà positif de le
désigner comme l'ennemi national n°1, celui qui empêche l'existence
d'un Etat normal.
14 avril 2007
Paralysie
de la Chambre des députés par la politique de la "chaise
vide"
selon certains parlementaires
Plusieurs
députés ont dénoncé, mardi 10 avril, le comportement de certains de leurs
collègues qui pratiquent la politique de la chaise vide et paralysent ainsi
le fonctionnement de la chambre des députés. Ce groupe de députés
suggère à l'exécutif de dissoudre la chambre basse si des parlementaires continuent
de faire fi de leurs obligations.
Le député Patrick Domond a estimé anormal que la chambre ne tienne pas régulièrement
ses séances en raison de l'absence de certains de ses pairs. Un autre député,
Acluche Louis Jeune, a fait savoir que la plupart de ses collègues passent
la majeure partie de leur temps a trainer dans les ministères en quête "d'opportunités".
Acluche Louis Jeune a menacé de rendre publique la liste des parlementaires
qui refusent pour une raison ou pour une autre d'assumer leurs responsabilités
afin de les ramener à la raison, a-t-il dit.
Le vice-président du bureau de la Chambre des députés, Marcel Lemeurant, a
lui aussi donné la garantie que des dispositions seront adoptées pour favoriser
la reprise des séances à ladite chambre. M. Lemeurant a appelé ses collègues
à se présenter à leur bureau pour pouvoir examiner a-t-il dit, les nombreux
contrats et projets de loi qui ont été soumis. Nous avons été élus par le
peuple, nous devons travailler pour permettre au pays de tirer profit de cette
législature, a déclaré le député. La politique de la "chaise vide"
est une pratique courante au parlement haitien. Elle est utilisée notamment
pour des raisons politiques ou pour des motifs financiers. (Source: AHP,
10 avril 2007)
22 février 2007
Entretien
accordé par Jean- Bertrand Aristide
Peter Hallward
Peter Hallward, enseigne la philosophie à Middlesex University en Angleterre. Mr. Hallward est l'auteur de "Option Zero in Haiti" , une des meilleures analyses du coup de Février 2004. Son livre "Damning the Flood: Haiti, Aristide and the Politics of Containment" est attendu cet été. (IJDH )
Au
milieu des années 1980, Jean-Bertrand Aristide était un jeune curé travaillant
dans un quartier pauvre et conflictuel de Port-au-Prince. Il devint bientôt
le porte-parole d'un mouvement populaire grandissant contre la série de régimes
militaires qui ont dirigé Haïti après l'effondrement de la dictature des Duvalier
en 1986. En 1990, il gagna les premières élections présidentielles démocratiques
du pays avec 67% des voix. Perçu comme une menace par
l'élite
minoritaire dirigeante d'Haïti, il a été renversé par un coup militaire en
Septembre 1991. Les conflits avec cette même élite, appuyée par ses puissants
alliés aux Etats-Unis et en France, ont façonné toute la trajectoire politique
d'Aristide: après une autre victoire écrasante aux élections de 2000, la résistance
de l'élite a finalement culminé dans un deuxième coup contre lui dans la nuit
du 28 février 2004. Aristide vit en exil en Afrique du Sud depuis deux ans.
Peter Hallward: Haïti est un pays profondément divisé, et vous avez toujours été un personnage profondément conflictuel. Pour la majorité des nombreux observateurs sympathisants des années 90, il était facile de comprendre cette division plus ou moins en fonction des critères de classe: vous étiez considéré comme un démon par les riches, et idolâtré par les pauvres. Mais, ensuite, les choses ont commencé à être plus compliquées. A la fin de la décennie, beaucoup de ceux qui vous appuyaient à l'origine étaient devenus plus sceptiques, et votre deuxième gouvernement (2001-04) a été accablé par des accusations de violence et de corruption. Tout en restant le politicien le plus populaire et le plus digne de confiance pour l'électorat Haïtien, il semblerait que vous ayez perdu beaucoup du support dont vous jouissiez auprès des ouvriers, activistes, intellectuels etc., tant à l'intérieur qu'à l'extérieur. Pour commencer, j'aimerais vous poser des questions sur le processus qui vous a porté au pouvoir la première fois en 1990. La fin des années 80 a été une période très réactionnaire dans la politique mondiale, spécialement en Amérique Latine, comment expliquez-vous donc le fait que, en dépit des circonstances et certainement à l'encontre des désirs des Etats-Unis, des militaires et du pouvoir en place en Haïti, vous avez pu gagner les élections de 1990?
Jean-Bertrand Aristide: Une grande partie du travail avait été déjà faite par des personnes qui étaient là avant moi, des personnes comme Père Antoine Adrien et ses collègues, et Père Jean-Marie Vincent, qui a été assassiné en 1994. Ils avaient développé une vision théologique progressiste qui reflétait les espoirs et attentes du peuple haïtien. Déjà, en 1979, je travaillais dans le contexte de la libération théologique, et il y a une phrase en particulier qui peut aider à résumer ma compréhension de la situation à l'époque. La Conferencia de Puebla a eu lieu à Mexico, en 1979, et plusieurs théologiens de la libération ont été menacés et empêchés d'y participer. Le slogan auquel je pense dit quelque chose comme ça : si el pueblo no va a Puebla, Puebla se quedará sin pueblo. Si le peuple ne peut pas aller à Puebla, Puebla sera coupé du peuple. En d'autres mots, il ne s'agit pas de lutter pour le peuple, au nom du peuple, loin du peuple,il s'agit de lutter avec et au milieu du peuple. Ceci se rattache à un second principe: la théologie de libération peut elle, elle-même être une étape dans un plus large processus. L'étape dont nous devons d'abord parler au nom des pauvres et des opprimés prend fin lorsqu'ils commencent à parler de leurs propre voix et avec leurs propres mots. Tout le processus nous emmène loin du paternalisme, de toute notion d'un "sauveur" qui pourrait venir guider le peuple et résoudre ses problèmes. L'émergence du peuple comme une force publique organisée avait déjà commencé en Haïti dans les années 80, et en 1986 cette force était assez forte pour chasser le dictature des Duvalier du pouvoir. C'était un mouvement de la base et non un projet pyramidal dirigé par un leader unique ou une seule organisation. Il n'était pas non plus exclusivement politique. Il s'est surtout développé au travers de la formation, dans tout le pays, de nombreuses petites communautés chrétiennes ou ti legliz. Ce sont ces dernières qui jouèrent un rôle historique déterminant. Lorsque j'ai été élu président, il ne s'agissait pas de l'élection d'un politicien, ou d'un parti politique conventionnel, c'était l'expression de la mobilisation du peuple entier. Pour la première fois, le palais national était devenu un lieu non seulement pour les politiciens professionnels mais aussi pour le peuple. Accueillir des gens venant des secteurs les plus pauvres de la société haïtienne au coeur du centre du pouvoir traditionnel, a été un geste profondément transformateur.
PH: Le coup de septembre 1991 a eu lieu malgré le fait que les politiques que vous appliquiez une fois au pouvoir étaient relativement modérées et prudentes. Le coup était-il donc inévitable? Est-ce que la seule présence de quelqu'un comme vous au palais présidentiel était inacceptable pour l'élite Haïtienne? Dans ce cas, était-il possible de faire plus pour anticiper et essayer de résister aux répercussions brutales?
JBA: Ce qui arriva en septembre 1991 arriva aussi en février 2004, et pourrait facilement arriver encore, aussi longtemps que l'oligarchie qui contrôle les moyens de répression, les utilise pour préserver une version creuse de la démocratie. Leur obsession est de maintenir une situation que l'on pourrait appeler "démocratique", mais qui au fond ne consiste qu'en une démocratie superficielle et importée, imposée et contrôlée d'en haut. Ils ont pu garder les choses ainsi pendant longtemps. Haïti est indépendante depuis 200 ans, mais nous vivons maintenant dans un pays où près d'un pourcent de la population contrôle plus de la moitié de la richesse.
PH: Malgré sa force, le mouvement populaire qui vous a porté à la présidence n'a pas pu vous maintenir au pouvoir, face à la violence qu'il provoquait. On vous compare parfois à Toussaint L'Ouverture, qui a eu des victoires extraordinaires sous des contraintes extraordinaires - mais Toussaint est aussi souvent critiqué pour n'avoir pas pu aller plus loin. C'est Dessalines qui a mené la dernière bataille pour l'indépendance. Que répondez-vous à ceux qui disent que vous étiez trop modéré, que vous avez agi comme Toussaint dans une situation qui exigeait un Dessalines? Que dites-vous à ceux qui affirment que vous avez fait trop confiance aux Etats-Unis et à ses alliés domestiques?
JBA: " Trop de confiance aux Etats- Unis ", cela me fait sourire. Toussaint L'Ouverture, en tant qu'homme, avait ses limites. Mais, il a fait tout ce qui était possible, et en réalité, il n'a pas échoué. Il a été capturé, emprisonné et tué; mais son exemple et son esprit nous guident toujours. Aujourd'hui, la lutte du peuple haïtien est le prolongement de cette campagne pour la dignité et la liberté. Ces deux dernières années, de 2004 à 2006, les haïtiens ont continué à défendre leur dignité et ont refusé de capituler. Le 6 juillet 2005, Cité Soleil a été attaqué et bombardé, mais ceci, et les nombreuses autres attaques similaires, n'ont pas découragé le peuple dans la lutte pour faire entendre sa voix. Ils ont dénoncé l'injustice. Ils ont voté pour leur président en février dernier; ils n'accepteront pas l'imposition d'un autre président venant de l'étranger ou d'en haut. Cette simple insistance pour leur dignité est en elle-même un moteur de changement historique. Le peuple veut être le sujet de son histoire et non en être l'objet. Ceci ne veut pas dire que le succès est inéluctable ou facile, que des intérêts puissants n'essaieront pas de tout faire pour revenir en arrière. Néanmoins, quelque chose d'irréversible s'est passée, quelque chose qui fait son chemin à travers la conscience collective. C'est la signification de la célèbre déclaration de Toussaint lorsqu'il avait été capturé par les français, à savoir qu'ils ont coupé le tronc de l'arbre de la liberté, mais qu'il repoussera parce que ses racines sont profondes et nombreuses. Notre lutte pour la liberté rencontrera beaucoup d'obstacles, mais elle ne sera pas déracinée. En ce qui concerne Dessalines, il a mené une lutte armée, nécessaire, puisqu'il devait casser les chaînes de l'esclavage définitivement. Mais notre lutte est différente. C'est Toussaint, et non Dessalines, qui peut accompagner le mouvement populaire d'aujourd'hui. C'est cette inspiration qui a donné la victoire aux élections de février 2006, qui a permis au peuple de déjouer ses adversaires, de choisir son propre chef à l'encontre de la volonté des autorités en place. Avons-nous fait trop confiance aux américains? Etions-nous trop dépendants des forces extérieures? Non. Ce serait de la pure démagogie de la part d'un président haïtien de prétendre être plus fort que les américains, ou de s'engager dans une guerre constante de mots, ou de s'opposer à eux par pur plaisir. La seule manière rationnelle de procéder est de bien penser à l'équilibre relatif entre les intérêts, de comprendre ce que les américains veulent, de leur rappeler ce que nous voulons, et de tirer parti des points de convergence qui existent. En 1994, Clinton avait besoin d'un succès en politique étrangère, et un retour à la démocratie en Haïti lui offrit cette opportunité; nous avions besoin d'un moyen pour vaincre la résistance de l'armée criminelle haïtienne, et Clinton nous offrit ce moyen. Nous ne nous étions jamais fait d'illusions en pensant que les Américains partageaient nos objectifs fondamentaux. Mais sans eux, nous n'aurions pas pu restaurer la démocratie.: Il n'y avait aucune autre solution que le recours aux troupes américaines? JBA: Non. Le peuple haïtien n'est pas armé. Il y a des criminels et des vagabonds, des trafiquants de drogue, des gangs armés, mais le peuple n'a pas d'armes. Vous vous trompez si vous pensez que le peuple peut mener une lutte armée. Il est inutile de mener une lutte sur le terrain de vos ennemis, ou de jouer leur jeu. Vous perdrez.
PH: Avez-vous payé trop cher pour le support des américains? Ils vous ont poussé à faire toutes sortes de compromis, à accepter beaucoup des choses auxquelles vous étiez opposées : un plan d'ajustement structurel strict, des politiques économiques néo-libérales, la privatisation des entreprises publiques etc. Le peuple haïtien a beaucoup souffert à cause de ces contraintes. Il a dû être très difficile d'avaler ces choses pendant les négociations de 1993.
JBA:En 1993, les Américains ont accepté avec plaisir un plan économique négocié. Lorsqu'ils ont insisté, à travers le FMI et d'autres institutions financières internationales, sur la privatisation des entreprises publique, j'étais prêt à approuver le principe - mais j'ai refusé tout simplement de les vendre, sans conditions, à des investisseurs privés. L'existence de la corruption était indéniable dans le secteur public, mais il y avait plusieurs façons d'aborder la question. Plutôt qu'une privatisation effrénée, j'étais prêt à accepter une démocratisation de ces entreprises, pour qu'une partie des bénéfices d'une usine ou d'une entreprise puissent aller aux personnes qui y travaillent, être investie dans des écoles ou des cliniques de santé environnantes, pour que les enfants des travailleurs puissent tirer des bénéfices de leur travail. Les américains ont dit très bien, il n'y a aucun problème. Mais, une fois que je suis revenu au pouvoir, ils avaient déjà prévu de renégocier les conditions de la privatisation. Ils revinrent sur notre accord, et s'appuyèrent sur une campagne de désinformation pour faire comme si c'était moi qui avait manqué à ma parole. Ceci n'est pas vrai. Les accords que nous avons signés sont là, les gens peuvent en juger par eux-mêmes. Malheureusement, nous n'avions pas les moyens de gagner la bataille des relations publiques.
PH: Qu'en est-il de votre bataille avec l'armée haïtienne, cette armée qui vous a renversé en 1991? Les Américains ont reformé cette armée dans le sens de leurs propres priorités en 1915, et ils ont toujours intervenu depuis lors pour la protection de ces priorités. A peine quelques mois après votre retour en 1994, vous aviez réussi à la démanteler, mais la façon dont vous l'avez fait demeure un sujet à controverse, et vous n'avez jamais pu complètement démobiliser et désarmer les soldats eux-mêmes.
JBA: Nous avions une armée de quelques 7.000 soldats, et elle absorbait 40% du budget national. Depuis 1915, elle servait comme une armée d'occupation interne. Elle n'a jamais lutté contre un ennemi extérieur. Elle a tué des milliers de gens du peuple. Pourquoi avions-nous besoin d'une telle armée, plutôt que d'une force de police convenablement entraînée? Nous avons organisé un programme social pour la réintégration des militaires démobilisés. Ils ont eux aussi le droit de travailler, et l'Etat a la responsabilité de respecter ce droit - d'autant plus que vous saviez que s'ils ne trouvaient pas de travail, ils seraient plus facilement tentés d'avoir recours à la violence ou au vol, comme l'avaient fait les Tontons Macoutes. Nous avons fait notre possible. Le problème vient du mécontentement de ceux qui étaient déterminés à préserver le statu quo. Ils avaient beaucoup d'argent et beaucoup d'armes, et ils travaillaient main dans la main avec la machine militaire la plus puissante de la terre. Il était facile pour eux de convaincre quelques anciens soldats, de les entraîner et de les équiper en République Dominicaine pour déstabiliser le pays. Mais, cela n'a pas été une erreur de démanteler l'armée. Ce n'est pas comme si nous aurions pu éviter le deuxième coup en 2004, si nous nous y étions accrochés. Au contraire, si l'armée était restée en place, René Préval n'aurait jamais terminé son premier mandat (1996-2001), et je n'aurais certainement pas pu tenir pendant trois ans de 2001 à 2004. Contrairement aux coups précédents, le coup de 2004 n'a pas été l'oeuvre de l'" armée " haïtienne, agissant sous les ordres de notre petite oligarchie, conformément aux intérêts des puissances étrangères. Non, cette fois-ci ces intérêts tout-puissants ont du faire le travail eux mêmes, avec leurs propres troupes et en leur propre nom.
PH: Est-ce que la création du Parti Fanmi Lavalas en 1996 a joué un rôle similaire, en aidant à clarifier les lignes de conflit interne qui avait déjà fracturé la coalition peu structurée des forces qui vous avaient porté au pouvoir la première fois? Pourquoi y avait-il de si profondes divisions entre vous et quelques uns de vos anciens alliés? Pour ainsi dire tout le premier gouvernement de Préval a été affecté par des rivalités. Avez-vous alors essayé de créer un parti unifié et discipliné, un parti qui pouvait produire un programme politique cohérent?
JBA: Non, cela ne s'est pas passé ainsi. En premier lieu, par formation et par inclination, j'étais un professeur et non pas un politicien. Je n'avais aucune expérience des partis politiques, et j'étais content de laisser aux autres la tâche de développer une organisation politique, de former les membres du parti, et autres. Déjà, en 1991, j'étais content de laisser tout ceci à des politiciens de carrière, à des personnes comme Gérard Pierre-Charles, et à d'autres, avec qui il avait commencé à travailler en ce sens tout de suite après la retour de la démocratie. Il nous a aidé à créer l'Organisation Politique Lavalas (OPL) et j'ai encouragé certaines personnes à le joindre. Ce parti avait gagné les élections de 1995, et à la fin de mon mandat en février 1996, il avait la majorité au Parlement. Mais après les élections, l'OPL tomba dans les caractéristiques et les coutumes traditionnels de la politique haïtienne. Il s'est refermé sur lui-même, s'est éloigné du peuple, et était plus enclin à faire des promesses vides. Je n'étais plus au pouvoir, et je suis resté à l'écart. Mais un groupe de prêtres impliqués dans le mouvement Lavalas sont devenus frustrés, et ont voulu restaurer un vrai lien avec le peuple. A ce époque (en 1996), ceux qui étaient de cet avis, et qui étaient mécontents de l'OPL, formaient un groupe connu sous le nom " la nébuleuse " - ils étaient dans une position incertaine et confuse. Avec le temps, le nombre de personnes de plus en plus mécontentes ne cessait d'augmenter. Nous nous sommes engagés dans de longues discussions sur ce qui devait être fait, et Fanmi Lavalas est né de ces discussions. Le peuple lui a donné naissance lui-même. Il n'a jamais été conçu comme un parti politique conventionnel. Si vous regardez à travers la constitution de l'organisation, vous verrez que mot "parti " n'y est jamais mentionné. En Haïti, nous n'avons aucune expérience positive de partis politiques; les partis ont toujours été des instruments de manipulation et de trahison. D'un autre côté, nous avons une longue et positive expérience d'organisations populaires - les ti legliz, par exemple. " J'ai laissé le pouvoir en 1996. En 1997, Fanmi Lavalas avait émergé comme une organisation fonctionnelle, dotée d'une constitution claire. C'était déjà un grand pas en avant. Au premier congrès de Fanmi Lavalas, nous avons voté et approuvé le programme inscrit dans notre Livre Blanc : Investir dans l'humain. Ce programme n'est pas sorti de rien. Pendant près de deux ans, nous avons tenu des réunions avec des ingénieurs, des agronomes, des médecins, des professeurs et autres. Nous avons écouté et discuté des mérites de différentes propositions. C'était un processus collectif. Et comme l'a même reconnu la Banque Mondiale, c'était un plan cohérent pour la transformation du pays. Ce n'était pas un paquet de promesses vides. Malgré l'embargo sur l'aide, nous avons réussi à réaliser certaines choses. Nous avons pu investir dans l'éducation, par exemple. En 1990, il y avait seulement 34 écoles secondaires en Haïti; en 2001, il y en avait 138. Nous avons construit une nouvelle université à Tabarre, une nouvelle école de médecine. Bien que disposant de moyens restreints, le programme d'alphabétisation a été lancé en 2001 et marchait bien aussi; les experts cubains qui nous ont aidé à le gérer, étaient confiants qu'en Décembre 2004 nous aurions réduit le taux d'analphabétisme chez les adultes à 15%, une petite fraction de ce qu'il était dix ans avant. Les gouvernements précédents n'avaient jamais essayé sérieusement d'investir dans l'éducation, et il est clair que notre programme allait constituer une menace pour le statu quo. L'élite ne veut pas entendre parler d'éducation populaire, et cela, pour des raisons évidentes.
PH: Fanmi Lavalas a dûment gagné une victoire écrasante dans les élections législatives de mai 2000, avec environ 75% des voix. Personne n'a contesté la transparence et la légitimité de cette victoire. Mais vos ennemis aux Etats-Unis et chez vous ont vite attiré l'attention sur le fait que la méthode utilisée de comptage des voix nécessaires pour gagner des sièges au Sénat au premier tour (c'est-à-dire sans qu'il soit nécessaire d'un deuxième tour entre les deux candidats les plus populaires) était du moins un sujet de controverse pour ne pas dire illégitime. Ils ont sauté sur cette technicité pour semer le doute sur la validité de la victoire électorale elle-même, et l'ont utilisée pour justifier une suspension de l'aide et des prêts internationaux. Tout de suite après le début de votre deuxième mandat (en février 2001), les vainqueurs des élections pour ces sièges ont été persuadés d'abandonner leurs sièges, en attendant un deuxième tour des élections. Mais un an s'était déjà écoulé; n'aurait-il pas été mieux de résoudre le problème plus rapidement, pour éviter de donner aux américains un prétexte pour saboter votre pouvoir avant même qu'il ne débute?
JBA: Vous dites que nous " avons donné " un prétexte aux américains. En réalité, les américains ont créé leur propre prétexte, et si ce n'était pas ça, cela aurait été quelque chose d'autre. Il a fallu aux Etats- Unis 58 ans pour reconnaître l'indépendance d'Haïti. Leurs priorités n'ont pas changé, et la politique américaine d'aujourd'hui est plus au moins conforme à ce qu'elle a toujours été. Le coup de septembre 1991 a été fait avec l'aide du gouvernement américain, et en février 2004, c'est arrivé a nouveau, grâce à beaucoup de ces mêmes personnes. Les Etats-Unis avaient beaucoup de difficulté pour persuader les autres chefs de la CARICOM à prendre position contre nous (beaucoup d'entre eux n'ont jamais réussi à être persuadés), et il leur fallait un prétexte qui était facile à comprendre. Des " élections truquées ", c'était la carte d'atout à jouer. Mais, lorsqu'ils sont venus observer les élections, ils ont dit " très bien, aucun problème ": le processus était qualifié de pacifique et juste. Ensuite, lorsque les résultats ont été proclamés, pour saper notre victoire, ils ont questionné le mode de comptage des voix. Mais, je n'avais rien à voir avec cela. Je n'étais pas un membre du gouvernement, et je n'avais aucune influence sur le Conseil Electoral Provisoire, qui seule avait l'autorité de décider dans ces cas. Le CEP est un organisme souverain et indépendant. Ensuite, une fois que j'ai été réélu, et que les américains ont demandé que je révoque ces sénateurs, quelle devait être mon attitude? La constitution ne donne pas au président la prérogative de révoquer des sénateurs qui avaient été élus conformément au protocole décidé par le CEP. Pouvez-vous imaginer une situation comme celle là aux Etats-Unis? Que se passerait-il si un gouvernement étranger insistait pour que le président révoque un sénateur élu? C'est absurde. La situation est tout simplement raciste; ils imposent des conditions qu'ils n'envisageraient jamais d'imposer sur un pays "légalement " indépendant, sur un pays blanc. Les américains ont voulu utiliser le législatif contre l'exécutif. Ils espéraient que je serais assez stupide pour insister sur la révocation des sénateurs. J'ai refusé. En 2001, dans un geste de bonne volonté, les sénateurs ont choisi de démissionner en partant du principe qu'ils contesteraient de nouvelles élections aussitôt que l'opposition serait prête à y participer. Mais les américains n'ont pas réussi à faire charger d'avis le Sénat et le parlement contre la présidence, et il était devenu rapidement évident que l'opposition n'avait aucun intérêt dans de nouvelles élections. Une fois que cette tactique échoua, les Etats-Unis ont recruté ou acheté quelques têtes brûlées dont Dany Toussaint et compagnie, et les ont utilisées, un peu plus tard, contre la présidence.
PH: Entre temps dans la presse, on vous présentait non pas comme le vainqueur incontesté d'élections légitimes mais comme un autocrate de plus en plus tyrannique.
JBA: Exactement. Une grande partie des $200 millions environ destinés à l'aide au développement qui avaient été suspendus lorsque nous avons gagné les élections en 2000, a été détournée vers une campagne de propagande et de déstabilisation contre notre gouvernement et contre Fanmi Lavalas.
PH: Tout de suite après la proclamation des résultats en mai 2000, le chef du CEP, Léon Manus, quitta le pays, déclarant que les résultats étaient invalides et que vous et Préval aviez mis de la pression sur lui pour calculer les voix d'une façon particulière. Pourquoi s'est-il rangé du côté américain?
JBA: Bon, je ne veux pas juger Léon Manus, je ne sais pas ce qui s'est passé exactement. Mais je pense qu'il a agi de la même façon que quelques leaders du Groupe 184. Ils sont redevables à un patron, un boss. Le boss est américain, un américain blanc; et ils sont noirs (sic). Ne sous-estimez pas le complexe d'infériorité qui souvent encore conditionne ces relations. Vous êtes noir, mais parfois vous vous sentez plus blanc que blanc, si vous êtes disposés à vous mettre à genou devant le blanc. C'est un héritage psychologique de l'esclavage: mentir pour l'homme blanc n'est pas mentir, puisque les hommes blancs ne mentent pas [rires]. Comment les hommes blancs pourraient-ils mentir. Ils sont les civilisés. Si je mens pour les blancs, je ne me mens pas vraiment. Je ne fais que répéter ce qu'ils disent. Donc, je ne sais pas, mais j'imagine que Léon Manus s'est ainsi senti lorsqu'il a répété le mensonge qu'ils voulaient qu'il répète. N'oubliez pas que son voyage hors du pays a commencé dans un véhicule aux plaques diplomatiques, et il est arrivé à Saint Domingue dans un hélicoptère américain. Qui a accès à ce genre de transport?
PH: Pourquoi ces gens manifestaient-ils une hostilité aussi farouche contre vous et votre gouvernement? Il y a quelque chose de bizarre et drôle dans les positions adoptées par la prétendue "Convergence Démocratique", et plus tard, par le "Groupe 184", et par des gens comme Gérard Pierre-Charles. Ils ont refusé tout compromis, ils ont insisté sur toutes sortes de conditions déraisonnables avant même de considérer de prendre part à un second tour des élections. Les américains eux-mêmes semblaient exaspérés de leur attitude, mais n'ont pas fait d'effort vraiment pour les rappeler à l'ordre.
JBA: Cela n'a jamais été a mon propos, cela n'avait rien à voir avec moi en tant qu'individu. Ils détestent et méprisent le peuple. Ils refusent absolument de reconnaître que tous les hommes sont égaux. Donc, ce comportement s'explique en partie par le fait qu'ils veulent se réassurer eux-mêmes qu'ils sont différents. Il est essentiel qu'ils se considèrent supérieurs aux autres. C'est une partie du problème, et ce n'est pas simplement un problème politique. Je suis convaincu qu'il est lié à l'héritage esclavagiste, à un mépris qui a été hérité pour le peuple, pour les petits nègres. C'est la psychologie de l'apartheid: il est mieux de se mettre à genoux avec les blancs que d'être côte à côte avec les noirs. Ne sous-estimons pas la profondeur de ce mépris. L'une des premières choses que nous avons fait en 1991 a été l'abolition de la catégorisation de "paysans ", sur les actes de naissance, des personnes nées hors de Port-au-Prince. Ce genre de catégorisation, et toutes sortes d'autres choses du même genre, servait à maintenir un système d'exclusion rigide. Il servait à tenir les gens à l'écart, de les traiter comme moun andeyò - gens du dehors. Les gens clandestins. C'est ce que j'entends par la mentalité d'apartheid, et elle ne date pas d'hier.
PH: Qu'en est il de votre propre volonté de travailler avec des gens compromis par leur passé, par exemple, l'inclusion d'anciens Duvaliéristes dans votre deuxième gouvernement? Est ce que cela été une décision facile à prendre?
JBA: Non, cela n'a pas été facile, mais, je l'avais vu comme un mal nécessaire. Prenez Marc Bazin, par exemple. Il a été ministre des finances sous Jean-Claude Duvalier. Je me suis tourné vers Bazin parce que mes opposants de la Convergence Démocratique, de l'OPL et autres, refusaient de participer au gouvernement.
PH: Vous étiez sous pression pour former un gouvernement de consensus, d'unité nationale, et vous avez approché des personnes de la Convergence d'abord?
JBA: Oui, et cela ne m'a mené nulle part. Leur objectif était de bloquer tout le processus, et ils ont dit non immédiatement. Je voulais former un gouvernement démocratique, par conséquent, j'avais décidé de le rendre aussi inclusif que possible dans les circonstances. Puisque la Convergence ne voulait pas y participer, j'ai invité des personnes venant des secteurs qui avaient peu ou pas de représentation au parlement à avoir une voix dans le gouvernement, à occuper quelques positions ministérielles et à garder un équilibre entre les branches législatives et exécutives du gouvernement.
PH: Cela a du être très controversé. Bazin a non seulement travaillé pour Duvalier, mais aussi il a été votre adversaire en 1990.
JBA: Oui, c'était controversé, mais je n'avais pas pris la décision seul. Nous en avons longuement discuté, nous avons tenu des réunions, pour trouver des compromis. Certains étaient pour, d'autres contre, et à la fin, il y a eu une majorité qui était d'accord sur le fait que nous ne pouvions pas travailler seuls, que nous avions besoin de démontrer notre volonté et notre capacité de travailler avec des gens qui clairement n'étaient pas pro-Lavalas. Nous avions déjà publié un programme politique bien défini, et s'ils étaient disposés à coopérer sur un aspect ou un autre, nous étions alors disposés à travailler avec eux.
PH: On vous a souvent accusé d'être intolérant à l'égard de la dissidence, d'être déterminé à imposer votre volonté. Mais que répondez-vous à ceux qui avancent que le vrai problème était juste le contraire, que vous étiez trop tolérant? Vous avez permis à d'anciens soldats de demander ouvertement et à maintes reprises la reconstitution de l'armée. Vous avez permis aux dirigeants autoproclamés de la " société civile " de tout faire pour renverser votre gouvernement. Vous avez permis à des stations de radio de soutenir une campagne féroce de désinformation. Vous avez permis toutes sortes de manifestations, demandant votre départ, d'avoir lieu jour après jour, et bon nombre des manifestants étaient financés et organisés directement par vos ennemis aux Etats-Unis.
JBA: Bon, c'est ce qu'exige la démocratie. Ou bien vous permettez l'expression libre d'opinions diverses ou bien vous ne le permettez pas. Si les gens ne sont pas libres de manifester et de faire entendre leurs revendications, il n'y a pas de démocratie. Je savais que nous étions en position de force au parlement, et que la grande majorité du peuple était derrière nous. Une petite minorité s'opposait à nous. Leurs connections avec l'étranger, leurs intérêts commerciaux et autres, les ont rendu puissants. Toutefois, ils avaient le droit de protester, de formuler leurs demandes, comme tout le monde.
PH: L'accusation la plus grave et la plus fréquente portée contre vous par les manifestants, et reprise par les critiques à l'étranger est que vous avez eu recours à la violence pour vous accrocher au pouvoir, que, lorsque la pression sur votre gouvernement a augmenté, vous avez commencé à vous appuyer sur des gangs armés des bidonvilles, appelés " chimères ", et que vous les avez utilisés pour intimider, et dans certains cas, assassiner vos opposants.
JBA: Dès que vous regardez rationnellement ce qui se passait, ces accusations sont loin de tenir debout. Plusieurs choses doivent être prises en compte. D'abord, la police travaillait sous un embargo depuis plusieurs années. Nous ne pouvions pas acheter des gilets pare-balles ou des bonbonnes de gaz lacrymogène. La police était très mal équipée, et était souvent incapable de contrôler une manifestation ou une confrontation. Certains de nos opposants, certains des manifestants, qui cherchaient à provoquer des confrontations violentes, le savaient parfaitement bien. Il était de notoriété public que pendant que la police avait épuisé ses punitions et ses réserves. Des armes lourdes étaient passées en contrebande à nos adversaires au travers de la République dominicaine. Le peuple le savait aussi, le comprenait et s'en inquiétait. Ils ont commencé à être nerveux, avec raison. Les provocations augmentaient, et on enregistrait des actes isolés de violence. Cette violence, était-elle justifiée? Non. Je l'ai condamnée. Je n'ai pas arrêté de la condamner. Mais avec les moyens limités à notre disposition, comment pouvions nous prévenir les flambées de violence? Il y avait beaucoup de provocation, beaucoup de colère, et il n'y avait aucun moyen pour nous de faire en sorte que chaque citoyen refuse la violence. Mais, il n'y a jamais eu d'encouragement délibéré à la violence, il n'y a jamais eu de recours délibéré à la violence. En ce qui concerne les " chimères ", ceci est clairement une autre expression de notre mentalité d'apartheid, le mot dit tout. Les " Chimères " sont des gens qui sont pauvres, qui vivent dans un état de grande insécurité et de chômage chronique. Ils sont les victimes d'une injustice structurelle, d'une violence sociale systématique. Et ils se retrouvent parmi les gens qui ont voté pour ce gouvernement, qui ont apprécié ce que le gouvernement faisait ou avait fait, malgré l'embargo. Ce n'est pas surprenant qu'ils doivent confronter ceux qui ont toujours bénéficié de cette même violence sociale, lorsqu'ils ont commencé activement à saboter leur gouvernement. Encore une fois, ceci ne justifie pas des actes de violence occasionnels, mais où se trouvait la vraie responsabilité? Qui sont les vraies victimes de la violence ici? Combien de membres de l'élite, combien de membres des nombreux partis de l'opposition ont été tués par les chimères? Combien? Qui sont-ils? Pendant ce temps certain des intérêts économiques puissants étaient heureux de financer des gangs criminels, d'armer des vagabonds, à Cité Soleil et ailleurs, en vue de créer du désordre et d'en rejeter le blâme sur Fanmi Lavalas. Ces mêmes personnes ont aussi payé des journalistes pour présenter la situation d'une certaine façon, et entre autres choses, leur ont promis des visas -récemment, quelques uns d'entre eux, qui vivent en France maintenant, ont admis qu'on leur avait quoi dire, pour pouvoir obtenir leur visa. Donc, vous avez des personnes qui finançaient la désinformation d'un côté, et la déstabilisation d'un autre, et qui encourageaient de petits groupes de truands à semer la panique dans les rues, pour créer l'impression que le gouvernement perdait le contrôle de la situation. Comme si cela ne suffisait pas, au lieu de permettre aux munitions de la police de parvenir en Haïti, au lieu d'envoyer les armes et les équipements pour renforcer le gouvernement, les américains les ont envoyé à leurs représentants en République Dominicaine. Vous n'avez qu'à regarder qui étaient ces gens - des personnes comme Jodel Chamblain, un criminel reconnu coupable par la justice, qui s'est échappé de prison pour être accueilli par les Etats-Unis, qui a ensuite armé et financé ces "combattants de la liberté" attendant à la frontière en République Dominicaine. C'est ce qui s'est vraiment passé. Nous n'avons pas armé les "chimères", les Etats- Unis ont armé Chamblain et Philippe. L'hypocrisie est extraordinaire. Ensuite, lorsque nous parlons de 2004-06, soudainement tous les propos indignés contre la violence se sont tus. Comme si rien ne s'était passé. On entassait des gens dans des conteneurs et on les jetait à la mer. Cela ne comptait pas. Les innombrable attaques sur Cité Soleil, elles ne comptaient pas non plus. Et je pourrai continuer longtemps. Des milliers de personnes sont mortes. Mais, elles ne comptent pas, parce qu'elles ne sont que des " chimères " après tout.
PH: Si on parlait des personnes de votre entourage comme Dany Toussaint, votre ancien chef de sécurité, qui a été accusé de toutes sortes de violence et d'intimidation?
JBA: Il travaillait pour eux dès le début, et nous nous sommes laissés prendre. Bien sûr je le regrette. Mais, il n'a pas été difficile pour les américains ou leurs représentants d'infiltrer le gouvernement, d'infiltrer la police. Nous n'étions pas en mesure de fournir à la police les équipements dont ils avaient besoin, nous pouvions à peine leur payer un salaire convenable. Il était facile pour nos opposants de jeter le trouble, de corrompre quelques policiers. Ceci était incroyablement difficile à contrôler.
PH: Comment puis-je mieux me renseigner sur le rôle de Toussaint dans tout cela? Il n'a pas voulu me parler lors de mon séjour à Port-au-Prince il y a deux mois de ça. Il est curieux que les personnes qui réclamaient son arrestation lorsque vous étiez au pouvoir, ont soudainement décidé de le laisser tranquille, lorsqu'il a pris position contre vous (en décembre 2003), et lorsqu'ils étaient eux-mêmes au pouvoir. Mais, pouvez-vous prouver qu'il travaillait
JBA: Ce ne sera pas facile à prouver, je l'admets. Mais, si vous chercher bien pour trouver des preuves, je crois que vous en trouverez. Il y a un proverbe créole qui dit twou manti pa fon: tôt ou tard, la vérité finit par sortir. Il y a beaucoup de choses qui se passaient à l'époque, mais sur lesquelles la lumière a récemment commencé à se faire.
PH: Vous voulez dire des choses comme les éventuels aveux publics, faits au cours de l'année dernière par les chefs rebelles, Remissainthe Ravix et Guy Philippe, sur l'ampleur et la longueur de leur collaboration avec la Convergence Démocratique, avec les américains?
JBA: Exactement. PH: Voyons maintenant ce qui c'est passé en février 2004. Il y a des versions très diverses sur qui s'est passé dans les jours précédents votre expulsion du pays. Les américains insistent que tard dans la journée où vous avez appelé pour demander de l'aide, vous avez subitement paniqué et qu'ils ont été pris de court par l'effondrement rapide de votre gouvernement. Les rebelles bien armées de Guy Philippe avaient réussi à désarmer quelques stations de police isolées, et semblaient contrôler presque toute la partie du nord-ouest du pays. Mais de quel soutien disposaient vraiment les rebelles? Et il y avait sûrement peu de chance qu'ils puissent prendre le pouvoir dans la capitale elle-même, face aux milliers de personnes prêtes à la défendre?
JBA: Il y avait eu des tentatives récentes de coup, un en juillet 2001, lors d'une attaque sur l'académie de police, l'ancienne académie militaire, et une autre quelques mois plus tard, en décembre 2001, lors d'une incursion au palais national. Elle ont échoué, et dans les deux occasions, les rebelles avaient été forcées de quitter la ville. Ils ont juste réussi à s'échapper. Ce n'est pas la police seulement qui les ont poursuivies, mais une coalition entre la police et le peuple. Donc, les rebelles savaient qu'ils ne pouvaient pas prendre Port-au-Prince. Ils pourraient trouver une façon pour rentrer dans la ville, mais il leur serait difficile d'y rester. Donc, ils ont hésité, dans les faubourgs de la ville, à environ 40 kms. Nous n'avions rien à craindre. La balance des forces était en notre faveur. Il y a des occasions où un très grand nombre de personnes sont plus puissantes que des mitraillettes et des armes automatiques. Et Port-au-Prince, une ville où il y a de nombreux intérêts nationaux et internationaux, était différente des zones plus isolées comme Saint-Marc ou Gonaïves. Il n'y avait pas un grand soulèvement : il y avait un petit groupe de soldats, lourdement armés, qui avaient réussi à envahir quelques stations de police, tuer des policiers, et créer certains dégâts. Les policiers étaient à court de munitions, et ne faisaient pas le poids face aux M16 des rebelles. Mais la ville, c'est une autre histoire. Les gens étaient prêts, et je ne m'inquiétais pas. Pendant ce temps, le 29 février, une cargaison de munitions pour la police que nous avions achetés en Afrique du Sud, tout à fait légalement, devait arriver à Port-au-Prince. La question était réglée. Déjà, le rapport des forces n'était pas en faveur des rebelles; en plus de cela, si la police était rétablie dans toute sa capacité opérationnelle, les rebelles n'avaient aucune chance.
PH: Donc, à ce stade, les américains n'avaient pas d'autres options que d'aller vous chercher eux-mêmes dans la nuit du 28 février?
JBA: C'est exact. Ils savaient que dans quelques heures, ils allaient perdre leur opportunité de "résoudre" la situation. Ils ont saisi leur chance pendant qu'ils l'avaient, et nous ont embarqués dans un avion au milieu de la nuit.
PH: Les américains - Ambassadeur Foley, Luis Moreno et compagnie - insistent sur le fait que vous aviez sollicité leur aide, qu'ils avaient dû arranger un vol pour vous mettre en sûreté à la dernière minute. Plusieurs journalistes étaient prêts à soutenir leur version. D'un autre côté, parlant sous le couvert de l'anonymat, un des gardes de sécurité qui étaient dans votre avion ce soir-là a dit au Washington Post, tout de suite après l'événement, que la version des Etats-Unis était un "pur mensonge". Votre chef de sécurité personnelle, Frantz Gabriel, confirme aussi que vous avez été kidnappé ce soir-là par des militaires américains. Qui devons-nous croire?
JBA: Vous faites face à une nation qui était prête et qui a pu, à la face des Nations- Unies et du monde entier, fabriquer des allégations sur l'existence d'armes de destruction massive en Iraq. Ils étaient prêts à mentir sur un problème d'importance internationale. Ce n'est pas surprenant qu'ils aient pu trouver une poignée de personnes pour dire les choses qu'ils voulaient dire en Haïti, dans un petit pays sans grande importance stratégique.
PH: Ils ont dit qu'ils ne pouvaient pas envoyer des soldats de la paix pour aider à stabiliser la situation, mais aussitôt après votre départ, les troupes sont arrivées rapidement.
JBA: Le plan était parfaitement clair.
PH: Il me reste deux dernières questions. En août et en septembre 2005, lors des élections qui ont finalement eu lieu en février 2006, il y avait beaucoup de discussions à l'intérieur de Fanmi Lavalas sur ce qu'il fallait faire. A la fin, la majorité des militants de la base se sont massivement rangés derrière votre ancien collègue, votre " frère jumeau " René Préval, mais quelques membres de la direction du parti ont choisi de se présenter comme candidat eux-mêmes; d'autres étaient même prêts à soutenir la candidature de Marc Bazin. C'était une situation confuse, une situation qui a dû mettre une grosse pression sur l'organisation, mais vous avez gardé votre silence.
JBA: Quand nous avons eu à choisir les candidats aux élections pour Fanmi Lavalas en 1999, les discussions à la Fondation [la Fondation Aristide pour la Démocratie] continuaient souvent tard dans la nuit. Des délégations venaient de partout dans le pays, et des membres des cellules de base discutaient pour et contre. Souvent, il n'était pas facile de trouver un compromis, mais c'est ainsi que le processus fonctionnait. Donc, quand est venu le moment de décider sur un nouveau candidat à la présidence l'année dernière, j'étais confiant que les discussions allaient se passer de la même façon, même si à ce niveau, beaucoup de membres de l'organisation avaient été tués, et tant d'autres se cachaient, étaient en exile ou en prison. Je n'ai fait aucune déclaration dans un sens ou dans l'autre sur ce qu'il fallait faire ou qui supporter. Je savais qu'ils prendraient la bonne décision de leur propre façon. Beaucoup des choses que " j "'ai décidé en tant que président étaient, en réalité, décidées de cette manière: la décision ne venait pas de moi, mais d'eux. Je parlais avec leurs mots.
PH: Comment voyez-vous l'avenir? Que va-t-il se passer dans la future? Peut-il avoir un vrai changement en Haïti sans faire face directement à la question des privilèges de classe et du pouvoir, sans trouver une façon pour venir à bout de la résistance de la classe dominante?
JBA: Nous devrons faire face à ces questions, d'une façon ou d'une autre. La condition sine qua non pour le faire est sans aucun doute la participation du peuple. Une fois que le peuple peut véritablement participer dans le processus démocratique, alors ils pourront trouver un moyen acceptable pour continuer. De toute façon, le processus est irréversible. Il est irréversible au niveau mental. Maintenant les membres des secteurs pauvres de la société haïtienne ont maintenant une expérience de démocratie, et ils n'accepteront pas l'imposition d'un gouvernement ou d'un candidat. Ils l'ont démontré en février 2006, et je sais qu'ils continueront à le démontrer. Tout revient, à la fin, au principe simple que tout moun se moun - chaque homme est un homme, chaque personne est capable de penser par elle-même. Ceux qui n'acceptent pas ce principe, lorsqu'ils regardent les nègres d'Haïti - consciemment ou inconsciemment, c'est ce qu'ils voient - ils voient des gens qui sont trop pauvres, trop grossiers, trop ignorants, pour penser par eux-mêmes. Ils voient des gens qui ont besoin que d'autres décident pour eux. C'est une mentalité de colon, encore très répandue dans notre classe politique. C'est aussi une projection: ils projettent sur les gens le sentiment de leur propre faiblesse, de leur propre inégalité dans les yeux du maître. Donc, même si nous n'avons pas encore de structures et d'institutions démocratiques viables, il y a déjà une conscience démocratique collective, et ceci est irréversible. Février 2006 montre quels sont les acquis, il montre où nous en sommes sur la voie de la démocratie, malgré le coup, malgré deux ans de violence féroce et de répression. Ce que l'on ne sait pas encore c'est le temps que cela prendra. Nous pouvons aller très vite, si à travers leur mobilisation, le peuple rencontre des interlocuteurs disposés à écouter, à dialoguer avec lui. S'il ne les trouve pas, cela prendra plus longtemps. De 1992 à 1994, par exemple, il y avait des gens dans le gouvernement américain qui étaient disposés à écouter plus au moins, et cela avait aidé à faire avancer le processus démocratique. Depuis 2000, nous avons dû négocier avec un gouvernement diamétralement opposé à son prédécesseur, et tout s'est ralenti considérablement, ou est allé à reculons. Le problème n'est pas seulement haïtien. Nous encore devons trouver de nouvelles façons pour réduire ou éventuellement éliminer notre dépendance à l'égard des puissances étrangères.
PH: Quelle est votre prochaine étape personnelle? Je sais que vous espérez toujours retourner en Haïti le plus tôt possible: est-ce qu'il y a des progrès dans ce sens? Quelles sont vos propres priorités maintenant?
JBA: C'est une question de juger du moment opportun, de juger de la sécurité et de la stabilité de la situation. Le gouvernement Sud Africain nous a accueilli comme des invités, et non comme des exilés; en nous aidant si généreusement, ils ont contribué à la paix et à la stabilité en Haïti. Et une fois que les conditions seront favorables, nous y retournerons. Aussitôt que René Préval juge que le moment est opportun, alors je rentrerai. PH: Vous avez aucun plan dans le futur de jouer un rôle quelconque dans la politique?
JBA: On m'a souvent posé cette question et ma réponse reste la même. Il y a différentes façons de servir le peuple. Participer dans la politique de l'état n'est pas la seule manière. Avant 1990, j'ai servi le peuple, en dehors des structures de l'état. Je continuerai à servir le peuple, en dehors des structures de l'état. Ma première vocation était l'enseignement. L'une des grandes réalisations de notre deuxième gouvernement est la construction de l'Université de Tabarre, qui avait été construite entièrement sous embargo mais qui, en termes d'infrastructure, est devenue la plus grande université d'Haïti (depuis 2004, elle est occupée par des troupes étrangères). J'aimerais retourner à l'enseignement. En ce qui concerne la politique, je n'ai jamais eu d'intérêt à devenir un leader politique " à vie ". C'était Duvalier: président à vie. Une organisation politique est composée de ses membres, elle n'est pas l'instrument d'un seul homme. " Fanmi Lavalas a besoin d'être plus professionnel et a besoin d'avoir plus de discipline interne; le processus démocratique a besoin de partis politiques fonctionnant correctement, partis au pluriel. Donc, je ne dominerai, ni ne dirigerai le parti, ce n'est pas mon rôle, mais j'y apporterai ce que je peux. "
15 décembre 2006
Le
Kidnapping a clairement déclaré la guerre
à la société haïtienne
Une quinzaine d'écoliers ont été enlevés mercredi
13 décembre 2006 dans la localité de Marin au Nord de Port au
Prince.
Les kidnappeurs ont intercepté un minibus scolaire, semant la panique dans
toute la ville où des parents accouraient dans les établissements scolaires
pour ramener leurs enfants à la maison. La police nationale a fait savoir
que ses unités PNH ont été mobilisées dans toute la région de Marin. Le porte
parole de la police a dénoncé le manque d'engagement citoyen comme handicap
majeur dans la lutte contre le fléau du kidnapping.
Ce qui en effet est très grave, quand on voit que beaucoup de gens, au lieu de prêcher le front commun contre le crime organisé, en profitent pour tomber sur le dos de Préval/Alexis, pour les affaiblir encore plus, dans l'espoir de leur voler le pouvoir.
La police aurait annoncé la libération d'un otage cette semaine dans la commune de la Croix des Bouquets et l'arrestation de kidnappeurs de gros calibre dont les noms n'ont pas été révélés. Pourquoi cacher les noms des gros calibres ?
L'ambassadeur du Chili en Haïti, Marcel Young Deboeuf, a déclaré, selon AHP, que le problème de l'insécurité ne pourra pas être résolu si la police nationale s'obstine à faire uniquement usage de la force lors de ses opérations. Selon M. Deboeuf, il est fondamental qu'il y ait une franche collaboration entre la police et la population pour le rétablissement de la confiance. Sans cette collaboration, tous les efforts de la PNH seront vains, a déclaré le diplomate qui dit saluer l'appel de l'exécutif haïtien, à l'établissement d'une entente entre la police et la population.
Le
premier ministre haïtien s'interroge sur les intentions
de certains secteurs étrangers à l'égard d' Haïti
Le premier ministre Jacques Edouard Alexis a indiqué implicitement mercredi 13, que des secteurs étrangers avaient une part de responsabilité dans les actes d'insécurité et de kidnapping qui affectent la capitale haïtienne . M. Alexis a fait ces déclarations lors d'une séance de travail au sénat de la république avec la commission justice et sécurité. Le premier ministre a insisté sur le fait que les repris de justice déportés des Etats-unis sont en grande partie responsables de l'insécurité en Haïti.
Les déportations des repris de justice qui avaient cessé sous le régime intérimaire de Gérard Latortue ont repris après le retour au pouvoir du président René Préval. Les déportés sont pour la plupart des délinquants qui ont grandi à l'extérieur, qui ont été condamnés pour exactions diverses, tels vols, viols, trafic de drogue et autres actes de criminalité. Jacques Edouard Alexis a maintenu par ailleurs une déclaration qu'il a faite récemment selon laquelle l'ambassade américaine en Haïti aurait menacé de geler les visas de certaines autorités si elles refusent de recevoir les 100 repris de justice que les Etats-Unis décident de renvoyer tous les mois en Haïti. Le quota passerait de 25 à 100 par mois.
Le chef du gouvernement a invité par ailleurs les parlementaires à prendre la mesure de la situation du pays. "Le pays qui nous a été remis en juin 2006 est un pays totalement délabré à tous les niveaux", a déploré M. Alexis qui se demande si cette détérioration accélérée est tout à fait innocente. Il a lié cette situation aux déclarations répétées faites à l'étranger selon lesquelles Haïti est un pays en faillite.
Est-ce que nous ne sommes pas dans une logique visant à dépersonnaliser le pays, pour tenter d'enlever à ses autorités tous les droits de le diriger, interroge M. Alexis qui a cité le cas du ministre dominicain des affaires étrangères (Carlos Moralès Troncoso) qui lors de la conférence de Madrid le mois dernier, s'est permis, a-t-il dit, de déclarer qu'Haïti était en faillite. Comme s'il voulait que l'on demande aux dominicains de diriger Haïti à la place des haïtiens. Le président du CSPN a annoncé par ailleurs que de nouvelles mesures seront adoptées à partir du mois de décembre pour ramener la paix dans les quartiers de Grand-ravine (sud-est de la capitale) et de Cité Soleil (Nord de la capitale). 567 policiers seront gradués cette fin de semaine et des équipements sont disponibles pour permettre aux policiers d'accomplir leur travail avec efficacité. M. Alexis a également annoncé que des dispositions ont été prises pour permettre à la compagnie nationale d'Electricité (EDH) d'augmenter le nombre d'heures d'électricité au cours du mois de décembre pour aider à réduire les actes d'insécurité
25 novembre 2006
Commémoration de Vertières
Le président haïtien René Garcia Préval, a déposé samedi une gerbe
de fleurs sur la place du Champ-de-mars à Port-au-Prince pour honorer la mémoire
des héros de Vertières, en présence de membres du corps diplomatique et du
gouvernement dont le premier ministre Jacques Edouard Alexis. Le 18 novembre
marquait le 203è anniversaire de la bataille de Vertières qui fut la dernière
grande bataille des ancêtres pour libérer Haïti de l'esclavage des Français.
Jacques
Edouard Alexis a profité de l'occasion pour attirer l'attention
de tous les haïtiens sur le symbolisme de cette bataille, savoir l'unité.
Il a appelé tous les secteurs de la vie nationale à conjuguer leurs efforts
en vue de l'établissement d'un véritable état de droit dans le pays. C'est
avec amertume, a-t-il dit, que nous célébrons le 203è anniversaire de la bataille
de Vertières avec la présence d'une force onusienne sur le territoire national.
Il a souligné que les forces étrangères ne sont pas venues toutes seules.
Nous avons tout fait a-t-il dit, pour leur ouvrir la voie, ajoutant toutefois
que tous les efforts dovent être entrepris pour débarrasser le pays de l'occupation.
Au
Cap-Haïtien, des milliers de citoyens ont également manifesté pour réclamer
le départ des soldats étrangers. Les manifestants ont comparé la présence
des étrangers sur le territoire national à une forme d'esclavage moderne.
A Jacmel, un Te deum a été chanté pour commémorer le 203è anniversaire de
la bataille de Vertières, en présence des autorités locales. Le célébrant
principal, le père Rony Fabien, a estimé qu'en dépit de cette bataille, Haïti
continue de vivre dans l'esclavage, étant occupée, a-t-il dit par des soldats
étrangers.
15 septembre 2006
Le
manteau de quelle Cour de Cassation
(Editorial de AHP)
"Tous les citoyens haïtiens menacés d'un mandat d'amener pourront-ils désormais se réfugier sous le manteau de la cour de Cassation?"
C'est la question posée par l'Agence haïtienne de presse dans son éditorial du 14 septembre 2006.
Accusé d'implication dans des actes de kidnapping, et menacé d'un mandat d'amener remis par le juge d'instruction Napela Saintil au chef du parquet, Michael Lucius, le Directeur central de la police judiciaire, s'est empressé d'introduire une action en récusation auprès de la Cour de Cassation qui arrête net tout nouveau développement du processus et surtout l'exécution du mandat décerné contre lui.
Cette
façon de traiter le dossier avoisine une forme d'indécence, surtout lorsque
c'est le commissaire du
gouvernement,
Claudy Gassant, maître de l'action publique, défenseur de la société,
qui a cautionné l'arrêt de la procédure, alors que tout au cours de la semaine,
des proches de ce même commissaire assuraient que le juge Napela Saintil
disposait de documents et de photos qui prouveraient l'existence de relations
entre Lucius et des attachés impliqués dans le kidnapping et d'autres exactions.
Voilà qu'un juge affirme disposer d'informations qui pourraient permettre de faire un pas dans le dossier du kidnapping. Mais que fait-on pour en profiter? Ce qui est important dans cette affaire, c'est que les accusatons ont été faites non pas par la clameur publique mais par un juge d'instruction, et ces accusations pèsent sur un homme qui par sa fonction se trouve au premier plan dans la lutte contre la criminalité et le kidnapping.
Si le dossier devait être étouffé, de quelle crédibilté disposerait désormais ce DCPJ dans cette lutte si vitale pour la société haïtienne. Pour l'avenir de la justice haïtienne, pour la crédibilité de la police nationale, et pour le bien de tous, il est important d'empêcher le court-circuitage du dossier et de le laisser suivre son cours.C'est en le laissant suivre son cours et non dans l'injure et l'arrogance outrancière, que le DCPJ retrouvera tout son prestige, s'il est victime comme il l'affirme de persécutions orchestrées par ceux qu'ils nomme des voyous en veste et cravate.
Le dossier devient encore plus confus quand le droit de trancher échet à la cour de cassation, une institution dont on dit qu'elle a perdu toute sa moralité et son prestige depuis que le régime interimaire de facto d'Alexandre/Latortue a décidé d'en révoquer arbtrairement 5 juges pour les remplacer par des proches. De quelle autorité morale dispose aujourd'hui cette cour pour prétendre pouvoir trancher dans une affaire aussi sensible.
Les autorités ont le devoir d'agir. Car, ce qui est en train de se produire là, n'augure pas du toût de lendemaiins prometteurs. Dans le cas contraire, le pays plongera davantage dans l'incertitude, Et Adieu, justice, police et sécurité auxquelles la plus grande part du budget 2006/2007 est consacrée. Beaucoup estiment que dans l'imbroglio actuel, en raison de l'importance d'une institution commme la DCPJ et de la gravité des accusations portées par le juge d'instruction, les autorités devraient désaffecter les deux hommes, nommer des magistrats indépendants pour découvrir l'anguille qui se cache derrière cette aversion suspecte qu'ils se vouent. L'appartenance politique de Lucius qu'il arrive à peine à cacher, la lutte qu'il affirme avoir mené "contre les chimères et les membres de l'opération Bagdad" ne devraient pas ête sufffisantes pour le dispenser des questions de la justice
Mais
si derrière toute cette saga, le juge Saintil ne cherchait qu'à régler des
comptes personnels et quels comptes, avec Lucius, la justice prévoit aussi
des sanctions pour ce genre de pratiques. Dans le même sens, la décision
du commisaire du gouvernement qui se fait donner une réputation de vertical,
d'avaliser sans aucune considération l'action en récusation du DCPJ, alors
que le mandat avait déjà été décerné, mérite aussi d'être questionnée. D'aucuns
estiment qu'en agissant ainsi, le chef du parquet affaiblit le pouvoir judiciaire.
Les regards convergent sur le Ministère de la justice et la secrétairerie
d'Etat à la sécurité publique... (AHP 14 septembre 2006)
14 septembre 2006
Le
directeur de la police judiciaire, Michael Lucius,
traite le juge d'instruction Napela Saintil
et d'autres magistrats de voyous habillés
Le commisaire du gouvernement Me Claudy
Gassant a entendu mercredi le directeur de la police judiciaire.
Michael
Lucius suite à des déclarations jugées fracasssantes faites par ce dernier
en relation avec un mandat d'amener décerné contre lui par le juge d'instruction
Napela Saintil. Accusé d'implication dans des actes de torture et
de kidnapping qui auraient été commis par des bandits armés avec
l'uniforme de la police, au cours de ces deux dernières années.
Michael Lucius s'est emporté, qualifiant sans le citer le juge Saintil et d'autres magistrats de voyous habillés qui cherchent à ternir sa réputation. Le commissaire du gouvernement qui n'a pas réagi à l'issue de l'audition sur les acusations pesant surr le responsable de la police judiciaire, a fait savoir que cette séance était pour lui l'occasion de s'informer d'une action en récusation introduite par ce dernier devant la cour de cassation, une instition en crise depuis que le régime intérimaire de Gérard Latortue a révoqué par décret en décembre 2005, 5 des 10 juges inamovibles de cettte institution pour les remplacer par des proches.
Claudy Gassant a dit toutefois regretter les propos tenus par Michael Lucius et qui portent atteinte à la magistrrature. Mais il a présenté des excuses, s'est-il consolé, tout en affirmant comprendre l'emportement de l'inspecteur de police qui a peut-être senti que sa réputation pourrait être affectée, a-t-il dit. Le comissaire du gouvernemen a par ailleurs juré que le parquet avait toute la volonté nécesssaire de faire exécuter le mandat d'amener avant d'avoir pris connaissance de l'action en récusation.
Plusieurs citoyens dont le militant politique Lavalas René Civil ont été écroués ces dernières semaines sur ordre de Me Claudy Gasssant, en dépit du fait qu'aucune preuve n'est venue étayer les accusations portés contre eux. M. Civil est accusé d'avoir été en possession d'une arme à feu illégale et d'un véhicule qui aurait été volé en République dominicaine. (Source : AHP 12 septembre 2006)
14 septembre 2006
Projet
de loi visant à rapporter le décret
du régime intérimaire de facto
créant un "conseil supérieur du pouvoir judiciaire"
Un projet de loi visant l'annulation d'un décret du régime Latortue créant un "conseil supérieur du pouvoir judiciaire" en lieu et place du conseil supérieur de la magistrature a été proposé ce lundi au corps législatif haïtien. Le ministre de la justice du gouvernement de facto,Henri Marrge Dorléans, avait installé ledit conseil le 10 avril 2006 après la proclamation officielle de la victoire du président René Préval.
Selon le ministre de la justice, René Magloire, cette l'initiative des nouvelles autorités entre dans le cadre des efforts visant la modernisation du ministère de la justice et de la sécurité publique puisque a-t-il dit, cette institution est appelée à jouer un rôle déterminant dans le processus de consolidation de la démocratie en apportant des modifications substantielles dans son fonctionnement.
Me Magloire a fait savoir que l'Etat haïtien oeuvre à la mise sur pied d'un mécanisme et des institutions qui répondent aux besoins réels des justiciables. " La justice est une dette de l'Etat envers la société ", a lancé René Magloire proposant le retour à la législation antérieure en attendant les réformes législatives appropriées. Il a sollicité le bénéfice de l'urgence pour l'adoption de ce projet de loi qui permettra de revenir au conseil supérieur de la magistrature mise de côté sans explication par le régime intérimaire.
Plusieurs hommes de loi dont le bâtonnier de l'ordre des avocats de Port-au-Prince, Gervais Charles, s'étaient élevés contre la création du conseil supérieur du pouvoir judiciaire qu'ils estimaient contraire aux revendications des juges. Me Charles avait même taxé ce conseil de "club d'amis de l'appareil judiciaire", tout en indiquant qu'il ne comoprenait pas l'empressement du nouveau régime à installler son conseil, alors qu'un nouveau gouvernemenntt devait entrer en fonction. Le président Préval devait en effet prêter serment le 14 mai 2006.(Source;AHP 12 septembre 2006)
8 septembre 2006
Le
gouvernement nomme
14
nouveaux directeurs généraux
et deux secrétaires d'Etat
Le
premier ministre Jacques Edouard Alexis a présenté jeudi 7 septembre
13 nouveaux directeurs généraux et 2
secrétaires
d'Etat. Me Josué Pierre Louis, ancien commissaire du gouverrnement,
est nommé directeur général au ministère de la justice et de la sécurité
publique, Harry Voltaire, au ministère de l'intérieur, Docteur
Gabriel Timothée, à la Santé Publique, Stéphane Malbranche, au
ministère de la Culture, Pierre André Damba, au ministère du Commerce,
Alix Broyer, au ministère des affaires sociales. M. Serge Raphaël,
ancien ministre ds travaux publics sous le premier gouverrnement de René
Préval, a été nommé directeur général à l'Electricité d'Haïti, Jean-Jacques
Valentin est retournée à l'administration générale des douanes, poste
qu'il ocuppait avant l'arrivée du régime interimaire en mas 2004,
Sandro Joseph, ancien haut cadre de la compagnie nationale de téléphone
(Téléco), a été nommé directeur général à l'Office Nationale d'Assurance
Vieillesse (ONA), Joseph Leprince Augustin,ancien directeur général
adjoint de l'ONA, a été nommé directeur général au ministère
des Haïtiens Vivant à l'Etranger, Nixon Myrtil, au ministère des
affaires étrangères, Pierre Michel Laguerre, à l'éducation nationale
et Daniel Pierre Charles, de la secrétairerie d'Etat aux sports.
Ce dernier était directeur exécutif de cette institution. Le nouveau directeur
general de la Teléco, Michel Présumé actuellement à l'étranger et
nommé pour remplacer Guy Bauduit, devrait regagner son poste dans les prochains
jours.
Le gouvernement a procédé également à la nomination de deux nouveaux secrétaires
d'Etat. Il s'agit de Karol Joseph, à l'alphabétisation et Joanas
Gay au ministère de l'Agriculture. (Source:AHP 7 septembre 2006)
Création d'une commission pour inventorier le matériel
du CNE
et d'une autre sur le désarmement
Le premier ministre Jacques Edouard Alexis, a annoncé jeudi la création par arrêté présidentiel de 2 nouvelles commissions, l'une pour faire l'inventaire du matériel du Centre National des Equipements (CNE) et l'autre pour s'ocuper du programme de désarmement.
La première commission est présidée par Jude Célestin. Ce dernier est entouré de Jean François Chamblin secrétaire et de Aniès Lubin, _Michel Chrisostome et Yvon Saulage, membres. Le CNE a été créée sous la présidence de René Préval première version.
La 2è commission, elle concerne le désarmement, Désarmement, et Réinsertion (CNDR). est composée de Alix Fils-Aimé président, Jean Baptiste Jean Baptiste, Emmanuel Goutier, Fritz Jean, Cajuste Alfonse, Jean Alix Boyer et Dilia Lemair