COMMUNICATIONS DIVERSES
8 septembre 2007
POUR LA MÉMOIRE ET POUR L'HISTOIRE
Décès
deMonique Brisson
Notaire à Port-au-Prince, issue d'une famille de patriotes haïtiens,. Me Monique
Brisson, est décédée, le vendredi 2 juin 2007, à Port-au-Prince des suites d'un
cancer. Très proche du secteur démocratique, Madame Brisson avait dirigé une
commission d'enquête présidentielle chargée de faire le jour sur un massacre
de paysans dans l'Artibonite , au début des années 90.
Elle était marquée par les années sombres de la dictature des Duvalier, ayant
perdu en 1969 son mari Alix Lamaute et son frère Gérald Brisson, deux intellectuels
de la gauche haïtienne, tués dans des activités révolutionnaires de lutte paysanne
à Cazale et de lutte armée au cœur de la capitale, pour la liberté d'Haïti.
Ils militaient au sein du Parti de l'entente populaire (PEP) marxiste, fondé
par Jacques-Stephen Alexis, autre célèbre écrivain et intellectuel haïtien.
Un cousin de la disparue, Richard Brisson, acteur de théâtre et homme de radio,
exilé en 1980, devait connaître le même sort lors d'une tentative d'invasion
en janvier 1982. Me Brisson est la mère de Nathalie Lamaute Brisson, économiste
de formation qui n'était pas encore née à la mort de son père. Monique Brisson
dirigeait avec sa fille la librairie Phénix à Port-au-Prince.
Il y a
20 ans le massacre de paysans pauvres à Jean-Rabel
Le 23 juillet 2007 est déjà le 20ème anniversaire du massacre de paysans à Jean-Rabel
et à Bochan, causant la mort de 139 petits paysans, sans compter des blessés
et handicapés. C'était la réponse aveugle, violente et calculée que la classe
dominante de la région avait décidé de donner au MOUVAN TET ANSANM des petits
paysans qui exprimait la volonté de lever la tête du joug qu'ils subissaient
depuis 1804.
C'était aussi un avertissement à tous les secteurs engagés dans la lutte contre
le vieil ordre économique, politique et social dominant dans le pays. Face au
soulèvement populaire qui a conduit à la chute de duvalier le 7 février 1986,
une partie des grands propriétaires de la région, alliés du régime, se sont
lancés dans des actions de représailles contre les paysans organisés, le Gwoupman
Tet Ansanm, et l'Equipe missionnaire de Jean-Rabel.
9 mai 1986 : Incendie de 15 maisons paysannes à Gros Sable et destruction des
récoltes ; 2 août 1986 : saccage du local de l'Equipe missionnaire à Jean-Rabel
; 18 Novembre 1986 : embuscade contre le Groupman et L'Equipe missionaires à
Gros Bassin ; 2 juillet 1987 : agression du directeur médical de l'hôpital de
Jean Rabel ; 27 août 1986 : enquête de l'ambassade américaine à la demande des
grandons ; 9 au 10 octobre 1987 : agression contre père renal klerisme et d'autres
responsables du Gwoupman.
On se souvient de: Salira Vilfran ! de Telijèn Janbatis ! de Man Djoul ! de
Man Elvesiyis Devil ! de Amozyèl, Amozyèl Oska etc. Pou Direksyon Nasyonal
la : Silven Jan, Rosnèl Janbatis Message de la direction nationale de " Tèt
Kole Ti Peyizan Ayisyen " (extrait) (Source : AlterPresse 24 jiyè 2007)
16 avril 2007
Une
Fondation François Duvalier
officiellement créée en Haïti
Le
centième anniversaire de la naissance de François Duvalier a été célébré,
samedi 14 avril, en Haïti, par le lancement officiel de la fondation qui
porte son nom, rapporte Radio Kiskeya, dimanche 15 avril 2007 . Les duvaliéristes
étaient nombreux dans les locaux de la Fondation, à Pacot un quartier de Port-au-Prince
pour rendre hommage à leur "père spirituel et référence suprême".
Véronique Roy, compagne de Jean-Claude Duvalier, a présenté la nouvelle
institution en compagnie du doyen des duvaliéristes, Lamartinière Honorat, 97
ans et de Rony Gilot . L’ancien ministre de l’intérieur, Edouard Berrouet, 95
ans, venu en fauteuil roulant, l’ex-colonel Franck Romain, qui fut chef de la
police puis maire de Port-au-Prince, l’ancien préfet de la capitale, le Dr Bernardin
Rosarion, l’ex-secrétaire particulier de François et Jean-Claude Duvalier, Gérard
Prophète, l’ancien chef macoute Milice Midi, l’ancien colonel et commandant
de la garde présidentielle, Christophe Dardonpré, l’ex-major Léonce Qualo, l’ancien
ambassadeur Max Cavé, l’ex-consul d’Haïti à New York et à Montréal et ancien
directeur de l’office national du tourisme, Fritz Day, l’ancien Député de Marigot,
St-Voyis Pascal et ses fils Joubert et Georges Pascal et Jean-Marc Saint-Albin
de la famille de l’ancien lieutenant-général Saint-Albin etc.
Parmi les
invités d’honneur le sociologue Daniel Supplice du Parti Libéral Haïtien (PLH)
et Secrétaire d’Etat à la jeunesse et aux sports sous Jean-Claude Duvalier et
le Dr Turneb Delpé du Parti Nationaliste Démocratique Progressiste Haïtien (PNDPH).
Lamartinière Honorat , ancien ministre des Travaux publics sous "Papa Doc",
a justifié la création de la fondation en revisitant l’ascension et le parcours
politiques de Duvalier. Revendiquant fièrement ses origines duvaliéristes, M.
Honorat a rappelé l’appartenance de feu le Président à vie à "l’Ecole (ethnologique)
des Griots" aux côtés de Lorimer Denis et de Louis Diaquois et l’a placé dans
la même lignée que les penseurs Jean-Price Mars et Philippe Thoby Marcelin.
Edouard "Dadou" Berrouet, interrogé en marge de la cérémonie, a qualifié François
Duvalier "d’homme exceptionnel".Se présentant comme un "éternel VSN" (Volontaire
de la Sécurité Nationale), il souligne l’importance historique de la "révolution
duvaliériste" qui a permis, dit-il, l’émergence des "classes moyennes". Véronique
Roy a annoncé que la Fondation François Duvalier compte déjà une cinquantaine
de membres dont François Nicolas Jean-Claude Duvalier, le fils aîné de Jean-Claude
Duvalier renversé en 1986 qui pourrait retourner en Haïti. Le Dr Rony
Gilot, ancien ministre et Député du régime, a signé le même jour son
livre "Au gré de la mémoire, François Duvalier le mal-aimé".
Le régime
duvaliériste s'auto-justifie en revendiquant la cohérence de sa
politique. Ce n'était point une démarche improvisée comme
on en voit souvent en Haïti menée par des aventuriers sans doctrine
ni programme. Le duvaliérisme s'est appuyé sur une idéologie
qui amalgame les préjugés sociaux et de couleur bien enracinés
dans les esprits haïtiens depuis l'origine, pour justifier les conflits
entre les clans dirigeants pour le contrôle des richesses et du pouvoir.
Ces clans ont souvent concocté des cocktails politiques diaboliques semant
le deuil et la désolation dans les familles haïtiennes. La doctrine
de Duvalier prétendait promouvoir les "braves classes moyennes"
à la place des élites traditionnelles soit-disant responsables
des grands maux de la nation : arriération économique et culturelle,
misère des masses, inculture etc. Mais il apparut pue la mise en oeuvre
de cette polititique consistait à permettre aux clans politiques issus
des nouvelles catégories sociales instruites, mais exclues du pouvoir
et des sources traditionnelles de richesses faciles, de prendre leur revanche
au détriment des anciens profiteurs. C'est cela la "révolution
duvaliériste".
Si ces clans des "classes moyennes" ont bénéficié
de leur "révolution", leurs grandes victimes demeurent les
masses populaires, notamment paysannes qui n'obtinrent ni progrès économique
et social, ni éducation. Leur sort s'est au contraire aggravé.
Les classes moyennes proprement dites ont fui en masse, privant le pays des
moyens de son développement. Ce schéma traditionnel ne convient
pas au pays.
Le salut d'Haïti se fera par l'instauration d'une république démocratique
qui sera au service, ni des élites traditionnelles, ni de quelconques
classes moyennes. La république démocratique est au service du
bien commun fondé sur un pacte national.
22 juin 2006
Réhabilitation
du général Dumas
et des esclaves d´Outre-mer :
la Savoie montre le chemin à la France
et tend la main à Haïti
Sans
relâche je me suis battu, depuis quatre ans à titre personnel et depuis l´an
dernier avec la commission Culture
du
Collectif des Antillais Guyanais et Réunionnais, pour que la République française
rende enfin au général Alexandre Dumas, né esclave à Jérémie (Haïti) en 1762,
mort libre à Villers-Cotterêts (Aisne) en 1806, l´hommage qui lui est dû.
Alexandre Dumas, père de l´écrivain célèbre du même nom, a été le premier
Antillais et le premier afro-descendant à obtenir un grade de général de division
dans une armée européenne. C´est aussi l´un des plus grands héros que la France
ait connus.
Mais curieusement, au moment où il n´était question en France que de commémoration de l´esclavage, le Haut comité des célébrations nationales, placé sous la tutelle du ministre de la Culture et de la Communication, M. Renaud Donnedieu de Vabres, présidé par M. Jean Leclant et comprenant parmi ses membres l´académicien Pierre Nora, par ailleurs éditeur d´Olivier Pétré-Grenouilleau, refusait catégoriquement et avec la plus grande mauvaise foi d´inscrire le bicentenaire de ce grand Français de l´Outre-mer, figure de l´histoire de l´esclavage, sur la liste des commémorations nationales pour l´année 2006, malgré diverses interventions dont celles du ministre de l´Outre-mer, M. François Baroin agissant à la requête de Patrick Karam et de moi-même!
L´attitude de ce comité, approuvée sur le moment par le ministre de la Culture, a occasionné de nombreuses protestations indignées et même une question écrite au ministre de M. Bernard Piras, sénateur de la Drôme. Toutefois, nos démarches ont été suivies d´une initiative salutaire de la Facim (Fonds d´action culturelle en haute montagne), organisme soutenu par le Conseil général de la Savoie et présidé par M. Hervé Gaymard, ancien ministre et vice-président de ce conseil général.
Pour
commémorer le bicentenaire de la mort du général Alexandre Dumas, la Facim a
obtenu qu´un hommage appuyé soit rendu les 22, 23 et 24 juin prochains en Savoie
à celui qui fut commandant en chef de l´armée des Alpes avec
45
000 hommes et dix-huit généraux sous ses ordres, à celui qui, entouré de ses
fidèles compagnons, modèles des Trois Mousquetaires, emmena héroïquement à la
victoire les soldats de l´an II lors des batailles du Petit-Saint-Bernard et
du Mont-Cenis, sauvant une fois de plus la République et la France. Les
ministres français de la Défense, de l´Outre-mer et même de la Culture ont apporté
leur concours à cette initiative qui prend dès lors un caractère officiel.
Un tableau du peintre romantique Édouard Pingret, représentant le général Dumas au Petit-Saint-Bernard, a été retrouvé et restauré. Il sera dévoilé le vendredi 23 juin à 17 heures à la mairie de Bourg-Saint-Maurice. Gravure montrant le général nègre victorieux d´après le tableau de Pingret retrouvé à la mairie de Bourg-Saint-Maurice (Savoie) Deux conférences consacrées au général Dumas seront tenues à Lanslebourg-Mont-Cenis jeudi 22 (18 h 30) et à Bourg-Saint-Maurice (à 19 h) le vendredi 23.
Enfin, le samedi 24 juin à 10 h 30 un monument sera inauguré à la mémoire du général Dumas, victorieux au Petit-Saint-Bernard. Pour souligner le caractère officiel de la cérémonie, le 7e bataillon de Chambéry rendra les honneurs militaires au général nègre qui créa les chasseurs alpins en 1794.
Je me félicite de constater que le ministre de la Culture, M. Renaud Donnedieu de Vabres, a finalement accepté de venir en Savoie assister à cette cérémonie à laquelle je participerai également, en tant qu´auteur d´une biographie (Alexandre Dumas, le dragon de la Reine, 2002) en tant que président de l´association des amis du général Dumas et en tant qu´animateur de la commission Culture du Collectif DOM.
Il conviendrait cependant que le ministre s´interroge sérieusement sur la compétence de certains historiens siégeant au Haut comité des célébrations nationales qui, aveuglés par des préjugés manifestement racistes, se sont déshonorés et ridiculisés en recommandant de refuser au général Dumas un hommage particulièrement mérité et incontestable. La portée symbolique de l´événement qui va avoir lieu en Savoie est immense et ne sera pas sans suite puisque ce département, eu égard à la contribution du général Dumas à son histoire, a pris la décision de poursuivre la démarche de réhabilitation du héros antillais.
Il est à noter d´autre part que, grâce à mes interventions et à celles du Collectif, le maire de Paris, M. Bertrand Delanoë, va bientôt remettre en place la statue du général Dumas que Hitler avait fait enlever de l´actuelle place du général-Catroux, après sa visite aux Invalides en 1940. La semaine prochaine, à Paris, le comité de l´art dans la ville devrait publier le nom de l´artiste dont le projet aura été retenu. Cette annonce aura un effet particulier puisqu´elle interviendra au moment de la visite officielle en France de René Préval, nouveau président de la République d´Haïti, pays natal du général Dumas.
Pour sa part, l´ONG que j´ai récemment créée et que je préside, l´association des amis du général Dumas, contribuera, avec le soutien du Collectif, non seulement au rapprochement franco-haïtien mais au rapprochement indispensable entre Haïti et l´Outre-mer français avec l´objectif d´exaucer un voeu émis par l´écrivain Alexandre Dumas en 1838. Il souhaitait qu´une réplique de la statue de son père à Paris fût offerte à Haïti par la France et par les «nègres» du monde entier. Il comptait sur la Marine nationale pour fournir un vaisseau de guerre permettant d´acheminer cette réplique à Port-au-Prince.
En nous fondant sur la volonté de celui dont les cendres reposent depuis quatre ans au Panthéon par décision du chef de l´État, nous avons donc l´intention de demander au ministre de la Culture son soutien pour la réalisation d´une copie de la statue qui sera remise en place à Paris et à la ministre de la Défense la mise à disposition d´un navire permettant d´acheminer le monument que l´association des Amis du général Dumas, avec l´appui du Collectif des Antillais, Guyanais et Réunionnais, espère pouvoir offrir à la république d´Haïti, un navire permettant aussi de convoyer les milliers d´exemplaires des oeuvres de l´auteur des Trois mousquetaires, fils du héros antillais, que nous comptons également offrir aux Haïtiens.
Ces livres seront destinés aux enfants des banlieues déshéritées pour contribuer au programme d´alphabétisation déjà engagé au moment du bicentenaire de la première république nègre du monde. Quand on sait que des dizaines de milliers d´Haïtiens - à l´époque citoyens français réfractaires au rétablissement de l´esclavage - ont été gazés dans des bateaux de la marine française en 1802-1803 et que le général Dumas a été frappé par les lois raciales de Napoléon, c´est bien le minimum que la France puisse faire vis-à-vis d´un pays où elle a déporté et réduit en esclavage un million d´Africains et auquel elle a fait payer à partir de 1825 une rançon de 90 millions de francs or pour sa liberté.
Ainsi, au-delà de son aspect savoisien, cette première étape dans la réhabilitation du général Dumas constitue-t-elle l´un des événements les plus importants de l´année dans la perspective d´une guérison de l´amnésie française à l´égard d´un crime contre l´humanité dont la connaissance et la reconnaissance, loin d´être de nature à dresser les Français les uns contre les autres, contribueront bien au contraire à renforcer la cohésion et la fraternité d´un pays - l´aurait-il oublié ? - qui bannissait dès 1794 toute distinction de couleur entre ses citoyens et qui n´hésitait pas à confier de hautes fonctions à un ancien esclave sans autre considération que ses vertus et ses talents.
Claude
Ribbe
www.claude-ribbe.com
Les
liaisons fatales de Washington
avec la dictature de Duvalier
(1957_1986 )
" Plusieurs décennies se sont écoulées depuis le temps de la dictature duvaliériste.
Nombre de gens, Haïtiens et étrangers, n'ont pas vécu ou ont vite oublié comment
fonctionne une vraie dictature haïtienne. Ils ignorent également le peu
de crédibilité des belles promesses des puissants amis qui veulent du bien au
peuple haïtien."
-II-
Le
17 mai 1960 l'Union Nationale de Etudiants Haïtiens réunit son Congrès à Port-au-Prince.
Duvalier utilise les slogans anti-impérialistes pour faire chanter les américains.
Il s'est engagé personnellement dans la manœuvre en prononçant son fameux "
discours de Jacmel ", le 25
juin,
déplorant le manue de générosité de l'oncle SAM, alors que lui il fait l'impossible
pour ne pas se jeter dans les bras du camp communiste.
Le 5 juillet l'ambassade se justifie d'avoir donné 40,6 millions à Haïti depuis
1950, dont 21,4 millions à Duvalier.
La campagne de presse
anti-américaine est intensifiée.
Le 16 juillet, Washington cède encore une fois au dictateur impitoyable. Les
deux alliés sont d'accord pour fournir du matériel à l'armée duvaliériste.
En septembre, 20 étudiants sont arrêtés dont le trésorier de l'UNEH.
Du temps des tontons macoutes
En octobre, un échange de notes entre Washington et Duvalier règle l'affaire
de la livraison d'armes à l'armée qui se trouve équipée de neuf, abandonnant
les autres armes aux tontons macoutes. La répression se renforce. Rafles
de citoyens dont M. Riobé père.
Un nouvel ambassadeur américain arrive, Robert Newbegin.
Le 21 novembre 1960, les étudiants entrent en grève pour obtenir la libération
de leurs camarades. Duvalier lance un ultimatum, décrète la loi martiale, proclame
la dissolution de toutes les associations de jeunesse, y compris celles des
boy-scouts.
Le 22 novembre, Monseigneur Poirier, archevêque de Port-au-Prince est expulsé
pour " financement d'activités communistes étudiantes ".
Le 8 décembre, Washington apporte 11,8 millions de dollars à la caisse de Duvalier.
L'opposition est consternée. Ainsi conforté, le dictateur se déchaîne. Georges
Rigaud, le sénateur Moreau sont arrêtés et disparaissent. L'Université est normalisée
en université d'Etat, et les étudiants soumis à des contraintes disciplinaires
vexatoires.
Les USA rompent ses relations avec Cuba. Haïti en fait autant.
Kennedy est élu en 1960 La grève continue. Le pouvoir décrète le couvre-feu,
expulse Monseigneur Augustin, le nouvel archevêque, saisit le dernier journal
libre, La Phalange, quotidien catholique. Quatre prêtres sont expulsés.
Le 6 avril 1961, Duvalier offre un port aux USA pour remplacer leur base de
Guantanamo, à Cuba. Sur sa lancée, il dissout les 2 chambres du parlement, avant
le terme de leur mandat, et convoque de nouvelles législatives pour le 30 avril.
Le 17 avril, Cuba est envahi sur la plage de la " Baie des cochons ".
Nouvelle tension internationale qui fait l'affaire de Duvalier.
Le 22 avril, l'écrivain haïtien, de renommée internationale, leader communiste,
Jacques Stephen Alexis, tente de rentrer en Haïti par le département du Nord'Ouest.
Surpris par la police du régime, il est horriblement lapidé.
Le 14 mai la nouvelle chambre est installée et Duvalier est déclaré réélu, à
l'unanimité, puisque son nom a été inscrit sur tous les bulletins de vote des
députés. Les Etats-Unis recommencent à manifester un semblant de mauvaise humeur.
Leurs hommes d'affaires et leurs citoyens subissent aussi les excès du régime.
Ils font savoir leur opposition à la réélection irrégulière de Duvalier. Il
considère que celui-ci ne se conforme pas aux buts de l'Alliance pour le Progrès.
En septembre 1961, l'amendement Dirksen menace de retirer l'aide américaine
à tout pays qui ne remplit pas ses obligations à l'égard des firmes américaines.
En novembre Washington rappelle son ambassadeur.
Le 1er janvier 1962, Duvalier insiste pour obtenir l'aide financière américaine.
Il fait mine de négocier avec la Pologne pour impressionner l'ambassade américaine.
Le journal Christian Science Monitor écrit que Duvalier a déjà reçu plus de
116 millions de dollars. A la réunion de l'OEA à Punta del Este, il manquait
une voix aux américains pour condamner Cuba. Washington a négocié et obtenu
le soutien de Duvalier.
Incident diplomatique avec le Royaume Uni, après l'intervention de son représentant,
Gerald Corley Smith, auprès des Affaires étrangères haïtiennes, contre les vexations
auxquelles sont soumis les résidents étrangers. Déclaré persona non grata, il
quitte Haïti, et Duvalier rappelle son ambassadeur à Londres sur demande du
gouvernement anglais. Le London Economist écrit : " Combien de temps va durer
encore ce gouvernement extraordinaire, basé sur le chantage et la rigueur, cela
dépend en grande partie des Américains. Jusqu'à maintenant, ils ont plus d'intérêts
en jeu que les Anglais et sont donc beaucoup plus exposés au chantage que ces
derniers. "
Les relations sont assez tendues. Washington considère que le mandat de Duvalier
s'arrête le 15 mai 1963, selon la constitution. Son ambassadeur boycotte les
commémorations duvaliéristes. Désaccord sur les modalités de l'aide. Lettre
du colonel Heinl des marines, au général en chef haïtien Beaucicot, demandant
la suppression de la milice. Visite du général O'Meara, chef du South Forces
Command, pour conférer avec Duvalier. Il apparaît évident que Washington s'oppose
enfin à Duvalier. Washington fait savoir que l'aide financière est suspendue,
parce que Haïti refuse tout contrôle. Mais le Fonds Monétaire International
autorise Duvalier à tirer jusqu'à 6 millions de dollars.
Le 22 octobre 1962, éclate la crise des fusées soviétiques entre les Etats-Unis
et Cuba.
L'ambassadeur américain Thurston est obligé d'aller personnellement remettre
la lettre de Kennedy à Duvalier pour solliciter son appui. Le 26 octobre, Duvalier
se déclare en faveur des Etats-Unis. Il publie la lettre de Kennedy et un communiqué
de soutien. Il place l'armée et la milice rebaptisée " Volontaires de la
Sécurité Nationale " en état d'alerte sur tout le territoire. Les ports
et les aérodromes sont mis à la disposition des Etas-Unis.
Nouvelle vague de répression. Mgr Robert, évêque de Gonaïves est expulsé. Avec
lui trois autres ecclésiastiques ; et dans le mois plusieurs autres suivront.
Le Vatican rappelle le nonce apostolique et frappe les coupables d'excommunication.
Arrive l'année 1963, terme du mandat de duvalier. Tout le monde attend sa démission.
Ses prédécesseurs s'en allaient dès que les Etats-Unis les lâchaient. Duvalier
prend l'offensive. Il demande le rappel du colonel de marines Heinl. Celui-ci
part le 1er mars. Haïti boycotte la réunion de l'OEA. De fortes pressions internationales
s'exercent pour obtenir des sauf-conduits pour les asilés politiques.
Les américains encouragent un complot militaire autour du colonel Honorat. Trahison,
72 colonels sont limogés. Discours incendiaire du docteur Fourcand, médecin
personnel de Duvalier, et président de la Croix Rouge haïtienne qui menace le
pays d'Himalaya de cadavres et de montagne de cendres.
Après une tentative d'enlèvement de son fils Jean-Claude, Duvalier déclenche
une vague de tueries, à commencer par la famille et les voisins de l'officier
Benoît soupçonné d'être l'auteur du coup, parce qu'il est connu comme tireur
d'élite. Des centaines de gens sont arrêtés et disparaissent au Fort Dimanche
ou au Palais. Des ex-officiers qui sont allés chercher leurs enfants à l'école
sont arrêtés aux barrages et disparaissent.
Eric Tippenhauer et ses jeunes fils subissent le même sort. Jean Chenet est
abattu à Arcachon. André Riobé père disparaît, son fils Hector parvient à se
sauver et mourra bientôt en héros. Washington adresse, en une semaine, cinq
protestations officielles.
Le Brésil, la République dominicaine, l'Equateur, le Vénézuela ont émis également
des protestations. La guerre a failli éclater avec la République Dominicaine.
Le président Bosch a menacé duvalier d'une invasion par l'armée dominicaine.
L'OEA et les USA se sont interposés et ont noyé le poisson. Duvalier s'est tiré
d'affaire et le 3 juin 1963, Washington annonce qu'il va rétablir des relations
normales avec Haïti. Les forces navales doivent se retirer de la baie de la
Gonâve.
-I-
Duvalier
gagne les élections présidentielles le 22 septembre 1957. La campagne électorale
a
été
marquée par des affrontements sanglants entre militaires, des actes terroristes
d'hommes de main, et des coups de forces militaires.
Le coup d'Etat du général Antonion Th. Kébreau fait pencher la balance en faveur
de Duvalier. Il a donné lieu, le 19 juin 1957, à un terrible massacre des populations
des bidonvilles de Port-au-Prince.
La dictature racontée aux jeunes haïtiens
et aux étrangers de passage
Le 26 septembre 1957, Duvalier donne une démonstration de ses méthodes. Le secteur
commercial, qui soutenait le candidat du secteur des affaires,Louis Déjoie,
déclenche une grève pour protester contre les conditions de l'élection. Immédiatement,
les partisans de Duvalier s'arment et forcent les portes des magasins.
Un poste de police est attaqué à Kenscoff. Le nommé Shibley Talamas, ressortissant
américain, connu comme sympathisant d'un adversaire politique de Duvalier, est
arrêté et battu à mort.
Washington manifeste timidement son mécontentement en suspendant 3 programmes
d'assistance, " parce que Haïti n'a pas rempli sa part des accords financiers
qui accompagnent ces programmes. ".
Duvalier peut ainsi être investi, sans encombre, le 22 octobre 1957. Le président
exprime ses regrets pour l'assassinat du citoyen américain, accorde 100,000
dollars à la famille, mettent les deux officiers coupables en disponibilité,
sans solde, pour dix jours, renouvelle la déclaration de garantie pour les citoyens
et les biens américains.
Dans la foulée de ces bonnes dispositions, Duvalier réclament publiquement des
USA l'envoi d'une mission militaire américaine pour réorganiser l'armée haïtienne.
Parallèlement, le pouvoir organise ses forces de répression. Les terroristes
de la campagne électorale, apparaissent, au grand jour, à la direction de la
police secrète. Clément Barbot en est le chef redouté. Les cagoulards font leur
apparition et règlent sauvagement leurs comptes aux opposants.
Les journalistes contestataires ne sont pas ménagés. En janvier 1958, Madame
Yvonne Hakime Rimpel, journaliste d'opposition, est enlevée dans la nuit, déshabillée,
violentée et laissée pour morte dans un fossé.
Soucieux de son image, Duvalier embauche, comme conseiller aux relations publiques,
John Delano Roosevelt, dont le frère Francklin junior était au service du dictateur
dominicain Trujillo. Il décide une campagne d'information d'un an, de 150,000
dollars.
Une radio clandestine commence à émettre en avril 1958. Duvalier obtient l'aide
d'un destroyer américain pour la détecter. L'appareil est localisé dans le palais
présidentiel. En réalité, il émet d'un immeuble d'en face, une boucherie propriété
d'un cubain, ami de Clément Jumelle, autre candidat malheureux à la présidence,
et partisan de Fidel Castro.
Albert Occénad, directeur de ¨Haïti Miroir, est emprisonné pour ses critiques
contre les irrégularités financières du gouvernement. En réaction à de nouvelles
explosions, en ville, Duvalier décrète Louis Déjoie hors-la-loi, met sa tête
à prix pour 25,000 gourdes et nationalise les biens Clément Jumelle et de sa
famille.
Les députés votent l'état de siège le 2 mai 1958. Un député de l'opposition
refuse et est jeté en prison. Duvalier obtient les pleins pouvoirs. Les journaux
Haïti Miroir et Indépendance sont saccagés. Des directeurs de rédaction sont
emprisonnés comme Georges Petit, emprisonné pour la dix-septième fois, son premier
emprisonnement remontant à l'occupation américaine (1915-1934).
Des maisons d'opposants sont incendiés. C'est la naissance des Tontons Macoutes.
En juin 58, une bombe détruit le journal Le Patriote. Le directeur Antoine G
Petit est arrêté. La torture de suspects amène l'arrestation de familles entières,
comme M Desquiron, et sa femme enceinte d'une fille. Des coups de feu sont tirés
contre la résidence de l'ambassadeur américain qui prenait le frais à
sa terrasse avec sa famille.
Le ministre de l'intérieur plaide l'ignorance, accuse l'opposition, et offre
des facilités territoriales aux USA pour ses stations de missiles et de repérage.
Le 18 mai 1958, un détachement de 8 marines, débarque en Haïti à l'invitation
de Duvalier.
L'opposition se sent abandonnée.
Le 29 juillet 1958, 8 opposants venus de Floride, dont 3 anciens militaires
haïtiens, Alix Pasquet, Philippe Dominique, Henri Perpignan, , 2 shérifs adjoints,
Arthur Payne, Dany Jones, et 3 autres américains, Levant Kersten, Robert F.
Hickey et Joe D. Walker, ce dernier capitaine du bateau, débarque sur une plage
d'Haïti. Ils arrivent à s'emparer des casernes Dessalines non loin du palais
présidentiel.
Dès que Duvalier apprend que les envahisseurs ne sont que 8, il reprend courage
et en appelle à ses partisans. Ceux-ci s'arment et finissent par tuer les opposants,
sans aucune pitié. Ceux qui tentèrent de se sauver sont pourchassés, abattus,
coupés en morceaux, traînés au palais, ou à la morgue. Pendant ce temps, le
FBI saisit à Miami un petit avion prêt à décoller, avec à bord des armes, des
munitions, des brochures de propagande et 16 hommes.
Duvalier met les américains en cause en notant que les envahisseurs " viennent
du territoire américain, que certains sont ressortissants américains. " Mais
que tout cela " n'affectera pas les relations avec les Etats-Unis. " L'ambassade
américaine ne répond pas au communiqué de Duvalier " de façon à éviter une
détérioration plus grave des relations entre les Etats-Unis et Haïti. "
Duvalier souhaite le rappel de l'ambassadeur US, tout en renforçant ses forces
de répression. Le couvre-feu, la peine de mort, la censure sont institués. Les
biens de l'ex-président Magloire sont confisqués. La firme de l'industriel Déjoie
est rayée du registre du commerce. Les journalistes arrêtés sont condamnés lourdement.
Washington cède à la dictature
Le 22 août 1958, un communiqué conjoint US-duvaliériste annonce la consolidation
des relations assortie d'un cadeau de 400,000 dollars. Duvalier envoie les dépouilles
des envahisseurs à leurs familles à Miami.
Le 29 août 1958, Charles et Ducasse Jumelle, frère du candidat à
la présidence Clément Jumelle, surpris dans leur sommeil par les
tontons macoutes, sont criblés de balles sans pitié. La famille Monfiston, qui
les avait hébergés est torturée à mort, sans succès, pour révéler la cachette
de Clément Jumelle. Gaston Jumelle, médecin de son état, est emprisonné avec
ses deux sœurs. Clément Jumelle refuse toujours de solliciter l'asile politique.
Cette famille avait protégé et nourri les Duvalier quand ils étaient poursuivis
par la police de Magloire.
Le 13 octobre 58, Duvalier promulgue un décret contre les grèves du commerce.
Ce renforcement de la répression coïncide avec l'arrivée d'une mission de marines,
dirigée par James T. Breckenridge, pour entraîner l'armée duvaliériste. En novembre
58, Le général US Mangrum, en voyage d'inspection, est décoré. Il assiste à
une parade militaire au son de la marche " Dessalines pa vle we blan ".
Une semaine plus tard, l'état-major est limogé, notamment les officiers de l'ancienne
école, ceux qui avaient servi sous l'occupation américaine. 24 décembre 58,
Duvalier et Washington décident que la mission des marines devienne permanente.
Le 31 décembre, Batista, le dictateur de Cuba, fuit La Havane vers Ciudad Trujillo.
Fidel Castro conquiert le pouvoir le 1er janvier 1959
Antonio Rodriguez, représentant officieux de Castro, devient son représentant
officiel à Port-au-Prince. Il prend possession de l'ambassade de Cuba, se présente
à Duvalier et demande la libération des cubains emprisonnés.
Duvalier accepte et offre même des médicaments à Cuba. Le 8 janvier 1959, Haïti
reconnaît le gouvernement de Castro. Il accorde la grâce à Déjoie, amnistie
Séraphin, libère les journalistes Occénad, Petit, Arty, Gaston Jumelle et ses
sœurs , Yves Bajeux. Il accorde des sauf-conduits aux asilés. Merci Fidel.
La panique s'empare du camp des dictateurs. Trujillo envoie une corvette devant
Port-au-Prince pour protéger Duvalier. Dans ce contexte, les marines arrivent
pour de bon, avec le colonel Robert Debs Heinl Jr, pour soutenir Duvalier. Les
américains deviennent " les Tontons Macoutes blancs ", selon le livre
de Bernard Diederich et Al Burt " Papa Doc et les Tontons Macoutes ".
Le bruit court que les exilés haïtiens ont obtenu un camp d'entraînement à Cuba.
De février à septembre 59, Washington donne 7 millions de dollars à Duvalier.
Le sénateur américain Victor Anfuso, proche du Dr Elmer Loughlin, conseiller
américain de Duvalier, demande que les Etats-Unis s'opposent à l'invasion d'Haïti.
La répression repart plus dure. De simples automobilistes sont torturés pour
avoir râlé contre le chef de la police, pour un simple incident de circulation.
Le cadavre de Clément Jumelle est volé, en plein jour, dans la rue, par la police.
Le 30 août, 30 guérilleros cubains débarquent aux Irois, dans le Sud du pays.
Sous la direction des marines, les troupes de Duvalier les massacrent au milieu
de nulle part. Le 19 septembre 59, Duvalier demande le renouvellement des pleins
pouvoirs. Il se heurte au refus de 6 braves sénateurs. Un décret les accusent
de complot communiste et de haute trahison. Deux d'entr'eux passent la frontière
dominicaine, trois demandent asile au Mexique. Yvon Emmanuel Moreau refuse de
fuir.
Le 17 mai 1960 l'Union Nationale de Etudiants Haïtiens réunit son Congrès à
Port-au-Prince. Duvalier utilise les slogans anti-impérialistes pour faire chanter
les américains. Il s'est engagé personnellement dans la manœuvre en prononçant
son fameux " discours de Jacmel ", le 25 juin, déplorant le manque de
générosité de l'oncle SAM, alors que lui il fait l'impossible pour ne pas se
jeter dans les bras du camp communiste.
Le 5 juillet l'ambassade se justifie d'avoir donné 40,6 millions à Haïti depuis
1950, dont 21,4 millions à Duvalier. La campane de presse anti-américaine est
intensifiée. Le 16 juillet, Washington cède encore une fois au dictateur impitoyable.
Ils sont d'accord pour fournir du matériel à l'armée duvaliériste. En septembre,
20 étudiants sont arrêtés dont le trésorier de l'UNEH (l'Union Nationale des
Etudiants Haïtiens). En octobre, un échange de notes entre Washington et
Duvalier règle l'affaire de la livraison d'armes à l'armée qui se trouve équipée
de neuf, abandonnant les autres armes aux tontons macoutes. La répression se
renforce. Rafles de citoyens dont M. Riobé père. Un nouvel ambassadeur américain
arrive, Robert Newbegin. (Source:Bernard Diederich et Al Burt, " Papa
Doc et les Tontons Macoutes ")